Un grand bonjour à vous tous et une petite présentation

4052007

La soixantaine passée depuis un mois, j’ai depuis ma plus tendre enfance eu envie d’écrire, du fait de la consonance de mon patronyme et, étant éclopé depuis plusieurs années, je ne sors presque plus et c’est par le Web que je m’évade un peu dans la nature et que je fais des voyages virtuels dans les montagnes que j’aimais beaucoup parcourir ainsi qu’au bord des rivières que je longeais lors de mes parties de pêche. 

Maintenant il ne me reste plus que le souvenir du vent soufflant dans les arbres, les odeurs et les effluves, autant des forêts que des pâturages, de même que celles nauséabondes de la ville. 

J’aime toujours autant la nature et j’essaye d’après mes moyens à la protéger, ainsi que ses habitants; aimant tout autant les gens, j’éprouve du plaisir à dialoguer et à philosopher avec eux, cependant une évasion importante se fait avec certaines personnes avec lesquelles je partage les jeux de mots, les calembours, les contrepets et aussi les plaisanteries pas trop méchantes. 

Ci après vous trouverez peut-être mes coups de gueule ou mes coups de cœur, de même que quelques essais ou petits poèmes se rapportant à un anniversaire ou à une fête à célébrer; libre à vous de les copier, car chez moi le copyright  n’existe pas! 

Bonne lecture et bon vent à vous pour l’avenir ! 




Poèmes d’amour

25052007

Amour 

En ce froid et rude hiver, une agréable chaleur, 

Passion de ma vie, c’est le feu de ton cœur, 

Nuit sans lune, éclairée par les belles étoiles, 

Illuminée par toi, grande lumière sans voile, 

Tel le phare, éclaire longtemps mon chemin, 

Approche-toi de moi et prends ma main, 

Accompagne-moi sur le sentier de l’amour, 

Ainsi nos cœurs seront unis pour toujours. 

 

M.W. 

Amour 

Le plaisir de l’amour

Est d’aimer,

Et l’on est plus heureux

Par la passion que l’on a

Que par celle

Que l’on donne.

Amour 

Trois allumettes une à une 

Allumées dans la nuit. 

La première pour voir ton visage 

Tout entier, 

La seconde pour voir tes yeux, 

La dernière pour voir ta bouche, 

Et l’obscurité pour me rappeler 

Tout cela, 

En te serrant dans mes bras. 

 

Amour 

Quelqu’un qui t’aime dans
Ce monde aujourd’hui, 

Toujours à tes côtés,
Sur le chemin de la vie, 

Quelqu’un t’aime,
Et pour ton bonheur, 

Il sait que demeurera
Toujours ouverte la porte
De ton grand cœur. 

M.W. 

Amour 

Cupidon avait grandement raison
De viser nos cœurs innocents
Et de les transpercer d’une flèche
Indolore ce jour là.
C’est pour ne pas oublier cette
Douce blessure, que les roses,
Fleurs de l’amour ont des épines
Et que si l’on se pique,
C’est pour raviver le feu
De la passion que j’ai pour toi. 

 

M.W. 

 

 

Amour 

Un jour sans toi,
C’est un jour sans amour,
C’est une nuit sans lune,
C’est une voûte céleste sans étoiles,
C’est un jour sans soleil,
C’est une journée vide, sans rien,
C’est un paysage quelconque,
C’est un jour fade et sans couleur.
Sois ma muse et mon inspiration,
Sois mon étoile, reine de mes nuits,
Sois mon soleil, réchauffe-moi,
Sois ma couleur, égaie la grisaille,
Sois tout simplement mon Amour 

 

M.W. 

 

Amour 

Ensemble, bras dessous, bras dessus, 
Ensemble promenons-nous. 

Allons dans ton jardin secret, 
Fais-en moi découvrir chaque recoin. 

Viens aussi explorer les dédales 
De la friche qu’est mon jardin secret. 

Ensemble dans nos jardins, ôtons les
Ronces qui pourraient nous blesser. 

Ensemble dans nos jardins, cultivons
Les plus nobles sentiments, cultivons
L’arbre qui donne des beaux fruits, 

Ensemble cultivons l’arbre de l’Amour

 

M.W. 

 

 

Amour 

 

Béni soit le jour où je t’ai rencontré, 
Loué soit le jour où l’on s’est aimé. 

Voyageons dans le train de l’amour, 
Voguons jusqu’au fleuve Amour, 
Laissons-nous bercer et chahuter, 

Vivons et buvons l’amour à satiété, 
Allons ensemble vers les cimes, 

Respirer l’air pur des sommets, 
Pureté non polluée de ces sites, 

Comme grand et pur est l’amour
Que j’éprouve pour toi. 

 

M.W. 

 

 

Amour 

 

Douce chaleur qui m’envahit 
A chaque fois que je te vois, 
Douce chaleur de ton cœur, 
Douce chaleur de ton regard, 
Douce chaleur de ton corps, 
Douce chaleur de tes mains. 
Avec toi je n’ai peur de rien, 
Tu me réchauffes quand j’ai froid, 
Tu me protèges de ton corps, 
Tu me désaltères de tes baisers, 
Tu me nourris de tes paroles. 

Que te faire d’autre que de t’aimer, 
Que te dire d’autre que «Je t’aime» 

M.W. 

 

 

Amour 

 

Le loup affamé regardait le troupeau, 
Il reluquait les brebis et les agneaux. 
Il aperçut plus loin la belle bergère, 
Mignonne avec sa robe à fleurs, 
Coquette à souhait avec ses nattes. 
Tenaillé par la faim, il s’approcha, 
Il dévisagea la douce et tendre enfant, 
Le loup rampa calmement à ses pieds, 
La belle lui parla doucement et … 
Il tomba follement amoureux d’elle 
Et devint son plus fidèle compagnon. 

Mon Amour, ma Bergère, 
Le loup que je suis, pour toi, 
Deviendra le plus doux des agneaux. 

Je t’aime 

M.W. 

 

Amour 

Que faire sans toi ? rien. 
Où aller sans toi ? nulle part. 
Comment vivre sans toi ? tristement. 
Viens vers moi, vis avec mon cœur, 

Ensemble vivons la vraie vie, 
Conjointement cherchons l’amour, 
Ensemble vivons cette symphonie, 
Chantons les odes et les poèmes, 

Que nos aurores, 
Que nos journées, 
Que nos crépuscules, 
Soient sans nuages et harmonieux. 

M.W. 

 

Amour 

En ce froid et rude hiver, une agréable chaleur, 

Passion de ma vie, c’est le feu de ton cœur, 

Nuit sans lune, éclairée par les belles étoiles, 

Illuminée par toi, grande lumière sans voile, 

Tel le phare, éclaire longtemps mon chemin, 

Approche-toi de moi et prends ma main, 

Accompagne-moi sur le sentier de l’amour, 

Ainsi nos cœurs seront unis pour toujours. 

M.W. 

 

 




18052007

MIZOU, CHAT, 

SDF MAIS ENCORE LIBRE 

 

Fiche d’identité  

Surnoms:                     Divers, tels que Minon, Mizou, Mistigris, etc.

Race:                           Chat de gouttière variété grise européenne

Année de naissance:    Il y a environ cinq ans

Pelage :                       Gris, fauve, avec une bavette blanche, court

Yeux:                           Gros, couleur jaune-or, reflets verts

Taille:                           Enorme, haut sur pattes, avec une grande queue

Domicile:                      Aucun, tantôt chez l’un, tantôt chez l’autre

Profession:                  Grand chasseur de souris, de rats et d’oiseaux

Signes particuliers:   Malin, rusé, affectif, aime le lait, la viande, les enfants, les chiens, les gens qui me veulent du bien, quelquefois un bon lit, les grandes promenades diurnes et nocturnes, surtout en été. Ce que j’aime par-dessus tout, c’est :

 

                                               L’indépendance et surtout LA LIBERTE

 

 

Moi, MIZOU 

 

Eh! oui, amis humains, je suis un chat de gouttière, de la race de la plupart des raminagrobis qui se trouvent dans ce pays. Je ne suis pas né dans une grande ville, mais à la campagne, dans une ferme. C’était il y a quelques années; pour nous les chats, ce n’est pas comme vous les humains, le temps ne compte pas, nous vivons au jour le jour, au gré des caprices du temps, surtout que nous les chats nous avons le temps de vivre. 

Ma maman était une belle chatte tricolore, comme toutes les fermières désirent, car «les trois couleurs sont bonnes pour les taupes» comme elles le disent si bien.» Mon papa, je ne l’ai pas connu; vu ma grande taille, je suppose que c’était un étranger de passage, parce qu’il n’y avait pas d’autre chat aussi grand que moi dans la région. Le matou qui avait séduit ma mère était-il comme moi un vagabond? Toujours est-il que ce que j’ai hérité de lui, c’est mon goût pour les grands espaces. 

Dès ma naissance, j’ai déjà eu beaucoup de chance; je suis né au mois d’août et les fermiers n’aiment pas les chats qui sont nés au mois d’août car ils sont souvent malades, ils ne sont pas propres, ils ne viennent pas gros, ils sont agressifs et surtout ils ne vont pas chasser les souris. Enfin bref, ils souffrent de tous les maux de la terre. Maman avait caché son nid derrière un tas de paille; avec mes deux frères et ma sœur, qui était aussi une tricolore, nous avons vécu nos premiers jours dans l’ombre. Après quelques jours j’avais ouvert pour la première fois mes petits yeux d’alors sur ces montagnes de paille et de foin; mes petites pattes ne me portaient pas encore assez pour que je suive ma mère dans sa quête de nourriture. 

Quand on dormait, maman allait se nourrir à la ferme; elle buvait le lait et elle mangeait les restes de cuisine. Elle faisait attention au mâtin; il n’était pas méchant, mais il aboyait tout le temps, dès qu’il entendait un bruit suspect ou dès qu’il voyait quelque chose ou quelqu’un qu’il ne connaissait pas. Cette brave chatte de mère faisait plusieurs fois par jour le trajet de la ferme à la grange pour bien se nourrir et avoir assez de force pour nous allaiter. Pendant ce temps là, on dormait et, si on était réveillé, on faisait attention de ne pas miauler, pour ne pas attirer l’ennemi qui pouvait aussi bien être un matou affamé ou un humain qui n’aimait pas les chatons. 

Je me souviens de la fête qu’on lui faisait quand elle revenait vers nous; on lui donnait des coups de tête, on lui quémandait notre tétée et elle se couchait sur le côté. On s’approchait de ses tétons et on buvait goulûment ce bon breuvage chaud; on pelotait ces mamelles bien gonflées de façon à ce qu’elles nous donnent plus de lait. Quand on était repus, on s’endormait à nouveau, pelotonnés contre notre mère qui nous donnait ainsi sa bonne chaleur. Son repos était de courte durée car elle ne dormait que d’un œil et, à chaque bruit suspect, elle dressait ses oreilles et elle humait l’air; quelquefois elle s’avançait prudemment pour aller voir ce que c’était. 

Elle nous avait appris à ne pas faire de bruit et à ne pas miauler n’importe quand, elle nous avait fait comprendre qu’il fallait se cacher dans le foin dès que quelqu’un venait si elle n’était pas là. Je n’avais jamais sommeil et, quand ma mère était loin et que mes frères et ma sœur dormaient, je partais déjà à l’aventure. A chaque promenade j’allais un peu plus loin, me frayant un passage dans la paille; je n’osais pourtant pas encore sortir au-dehors de la grange. 

Ma soif de découverte et d’aventure m’avait pourtant sauvé la vie à cette époque. Ma mère était loin et j’avais laissé ma sœur et mes frères dans le nid; ils dormaient profondément et ils se moquaient de ce qui pouvait se passer. Un jeune homme était entré dans la grange; j’étais tapis derrière un tas de planches et je regardais faire. Il était monté doucement sur le tas de paille et il cherchait; il écoutait chaque bruit; soudain il avait entendu miauler; c’étaient mes frères et ma sœur qui avaient faim et qui réclamaient à manger. Il n’en fallut pas plus pour que l’homme les découvre et les attrape. Il les avait regardé et il les avait soupesé; il avait reposé ma sœur et il était parti avec mes deux frères. Ma peur passée, j’étais retourné vers ma sœur et nous avons attendu en tremblant de peur notre mère. 

Jamais plus nous n’avions revu nos frères; notre mère nous avait expliqué que dans les fermes les gens n’aimaient pas trop les matous, car ils étaient flemmards, ils étaient paresseux et ils ne servaient à rien, même pas à chasser les mulots et les taupes. Pour eux, les mâles n’existaient que pour manger, rôder et dormir. Depuis ce jour on avait plus à manger et on grossissait à vue d’œil; cet événement nous avait rendu craintifs et à chaque bruit qui ne nous était pas familier, on allait se cacher. 

Un jour d’automne, les hommes de la ferme étaient partis à la foire de la ville, laissant la fermière seule à la maison. C’est ce jour là que notre mère avait choisi pour nous présenter à elle. Quand on était arrivé, cette brave femme s’était baissée et lui avait donné une grosse caresse; elle avait regardé vers nous et elle avait souri; elle savait que ma sœur existait, mais pour elle, j’étais une surprise, parce que les hommes ne m’avaient pas vu. Mis en confiance, on s’était approché d’elle et on avait accepté de se laisser toucher. Elle avait tendu vers nous une assiette de lait tiède, boissons que l’on ne connaissait pas encore; maman avait bu et on avait fait comme elle; mon Dieu que c’était bon. 

Dehors il faisait froid et notre mère avait retrouvé sa petite couverture, à côté du poêle; on l’avait accompagnée et on s’était couché à côté d’elle. La fermière nous regardait en tricotant; elle nous parlait en nous disant que l’on était jolis et que l’on était mignons; de temps en temps elle cherchait à nous attraper, mais nous on était craintifs et on ne se laissait pas prendre, on allait se cacher derrière l’armoire ou sous le potager à bois. La fermière préparait le repas des hommes, elle épluchait des légumes pour la soupe et elle pelait les pommes de terre pour faire un gratin; elle avait sorti de la viande du frigidaire et maman, en sentant son odeur s’était réveillée. Elle allait vers la brave fermière, elle se frottait à ses jambes en quémandant un morceau en miaulant doucement et en se faisant câline. 

La femme découpait sa viande en mettant les bouts de gras de côté; quand elle a eu fini, elle les a disposés dans une petite soucoupe et, en donnant une caresse, la donna à maman. Nous, par curiosité, on s’était approché d’elle pour aussi y goûter; là, grosse déconvenue; on croyait qu’elle allait nous laisser manger, mais au lieu de cela, elle nous souffla et nous donna un coup de patte. On s’était tenu à distance, on se léchait les babines, on avait envie de manger, plutôt par gourmandise, car on avait encore le ventre plein de la dernière tétée. Elle mangeait goulûment, se délectant de chaque morceau de gras; quand elle a eu fini, elle nous avait regardé tendrement; ce regard nous invitait à nous rapprocher de l’assiette. Il restait quatre petits morceaux de viande, et nous, on avait d’abord senti cette nourriture étrangère pour nous. Vu que l’odeur était bonne, j’avais fait comme ma mère; j’avais soufflé ma sœur en lui donnant un coup de patte et j’avais mangé. Comme ma mère, j’avais laissé un bout de viande pour ma petite sœur. Ce jour là, j’avais appris que chez les chats il existait une hiérarchie. 

En entendant le bruit des gros souliers des hommes de la ferme, on s’était caché derrière la caisse à bois, laissant maman seule affronter les méchants qui avaient tué mes frères. Le plus vieux des trois avait une grosse voix, les deux autres lui répondaient seulement par «oui» ou par «non»; quelquefois ils riaient à gorge déployée, pourquoi? je n’en savais trop rien. Le fermier avait enlevé ses godillots et avait mis des pantoufles; il avait mis ses grosses chaussures à sécher à côté de la caisse à bois et il m’avait vu. Il m’avait regardé, il avait souri et il m’avait appelé. Sa voix n’était pas aussi forte que quand il parlait avec ses fils; en tendant sa main et en frottant ses doigts, il m’appelait «Mizou…, Mizou–Mizou–Mizou…». 

Avec un peu de crainte, je m’étais approché et je l’avais regardé dans les yeux. Cet homme avait une bonne tête ronde et rougeaude, il était grand et gros, sa main était plus grosse que moi, mais c’était la main d’un travailleur de la terre. Il m’avait attrapé et retourné dans tous les sens; j’étais entravé et je ne pouvais plus bouger; pourtant, j’ai pu lui mordre un doigt et lui, au lieu de crier, il avait rigolé. Pour lui, bien que je sois un matou, je deviendrai grand, gros et fort, et je serai bon pour chasser les autres matous qui viennent rôder autour de la ferme et aussi pour chasser les souris qui hantaient le grenier ainsi que les taupes qui labouraient les champs. Il m’avait caressé et gratté sous le ventre; j’avais commencé à ronronner et lui il riait de plus en plus. Un des fils avait mis un carton au corridor et y avait posé sur le fond un vieux pull-over, pour que ce soit plus doux pour nous. Depuis ce jour là, on avait plus besoin d’aller dormir dans la grange et on avait moins froid. 

Les jours devenaient plus courts et plus frais; on avait grandi et maintenant on suivait notre mère dans ses parties de chasse. Pendant qu’elle restait de longues minutes devant un trou de taupe ou de souris, ma sœur et moi on jouait, ce qui dérangeait maman. On faisait de grandes promenades dans la campagne et, à chaque bruit, on se tapissait contre le sol. Maman était toujours sur ses gardes, à cause des buses, des corbeaux ou encore du renard qui rôdait quelquefois autour de la ferme. On devenait malins et rusés; même le chien de la ferme ne nous faisait plus peur; il était attaché et on savait où passer pour ne pas qu’il nous attrape. Maman, quant à elle, elle allait vers lui pour lui souhaiter le bonjour; il la sentait et il lui laissait même boire de son eau. Ce brave chien n’était là que pour faire peur aux intrus, il n’aurait pas fait de mal à une mouche, la seule chose qu’il savait faire, c’était du bruit. 

Un jour, la nature était toute blanche, c’était la première fois que je voyais la neige. Elle tombait et je voulais attraper les flocons; dès que j’en avais un, il n’existait plus, il avait disparu et il avait fondu. La neige, c’est beau mais c’est froid; quand on marche dessus, on s’enfonce et on ne peut plus avancer. C’est dans la neige que l’on est plus vulnérable; on risque de se faire attraper par un chien errant ou par un renard. Pour nous les chats de la campagne, l’hiver c’est la pire des saisons; les taupes et les souris sont cachées et dorment, on n’en voit plus. Il y a bien quelques oiseaux, mais pour les surprendre, c’est une autre affaire. Pendant la morte saison, on reste à la ferme, on voyage de la maison à l’écurie, quelquefois on va à l’aventure dans la grange, en espérant qu’une souris sorte de son trou. 

Un soir, la fermière aidée de ses deux fils avait garni un sapin avec des boules de toutes les couleurs. C’était beau et je me voyais dedans; je voulais jouer avec et attraper les guirlandes; j’avais même réussi à en casser une et je m’étais fait gronder. Au-dessous de l’arbre il y avait des paquets emballés avec du papier multicolore; là aussi, ma curiosité m’avait valu de me faire sermonner; en effet, j’avais pris un malin plaisir de lacérer un de ces paquet pour voir ce qu’il y avait à l’intérieur. Le lendemain matin, des gens que je ne connaissais pas étaient venus en visite. C’était la fille des fermiers qui était accompagnée de son mari et de leur petite fille; ils vivaient dans le village voisin et ils venaient fêter Noël en famille. 

On restait à l’écart, on n’osait pas s’approcher; de loin on regardait la fillette ouvrir ses paquets et crier de joie en découvrant les cadeaux. C’était une poupée, une boîte de crayons de couleur, un petit livre avec des dessins et un petit costume. Elle décrochait les friandises pendues à l’arbre et elle ne se faisait pas gronder comme moi. Qu’elle était jolie cette petite fille, elle récitait des poésies et elle chantait des chansons de Noël. Elle avait une belle voix douce et mielleuse. J’avais quatre mois et j’étais charmé par elle; je m’étais approché et j’avais fait connaissance avec elle en lui donnant un petit coup de tête amical. Elle m’avait pris dans ses petits bras, elle m’avait donné des mimis et des caresses. Tout l’après-midi j’étais resté à côté d’elle, elle me parlait et elle jouait avec moi en me lançant une petite balle ou en balançant une ficelle au bout de laquelle était attaché un bouchon de bouteille de champagne. 

J’étais content que l’on s’occupe ainsi de moi. Le soir, les parents de la fillette s’étaient habillés et s’apprêtaient à partir; la jeunette avait de grosses larmes qui coulaient sur ses joues; elle était malheureuse et je ne savais pas pourquoi. Sa grand-maman la consolait comme elle le pouvait, en lui expliquant qu’elle serait en vacance seulement deux semaines à la ferme et qu’après elle retrouverait ses parents. Moi aussi j’étais malheureux, mais personne ne me consolait. Les gens étaient partis et la fillette était revenue vers moi pour jouer; elle ne pleurait plus et ses grosses misères étaient partie en même temps que ses parents. 

J’étais tombé amoureux de cette petite fille qui avait six ans et qui s’appelait Yvette. Je la suivais partout; elle sortait, j’allais avec elle dehors; elle lançait des boules de neige pour jouer et je courais pour les attraper; quand elle avait trop froid, elle rentrait et elle se réchauffait contre le poêle, en me tenant serré contre elle. Quelquefois, elle jouait à la poupée et elle essayait de me mettre des habits qui ne m’allaient pas; je n’aimais pas trop ça et j’allais me cacher derrière un meuble. Elle s’évertuait à m’attraper mais elle n’y parvenait pas. C’était toujours moi qui revenait vers elle et elle me caressait, toute contente de me revoir. Elle aimait aussi me promener dans sa petite poussette, on allait du salon à la cuisine, on longeait le corridor, on allait parfois dans l’écurie regarder les hommes travailler. Quand on voyait ma mère et ma sœur, on les saluait et on continuait notre chemin. 

J’étais heureux, je pouvais faire ce que je voulais; je passais mes nuits dans le même lit que la petite Yvette, bien au chaud, alors que ma sœur dormait dans le carton du corridor, recevant les courants d’air quand la porte d’entrée s’ouvrait. Pour la fillette, c’était deux semaines de vacance et pour moi, c’était deux semaines de bonheur. Deux semaines, ça passe très vite et le jour du départ approchait à grands pas. Un matin, ses parents étaient venu la chercher avec leur belle voiture; elle n’avait pas envie de partir avec eux et elle s’agrippait à sa grand-mère. Elle pleurait parce qu’elle voulait que je l’accompagne et que j’aille habiter chez elle. Après une discussion animée, les parents avaient accepté de me prendre avec eux. 

C’était mon premier voyage en voiture; j’étais monté à l’arrière avec la petite Yvette; j’étais blotti contre elle. Quand le moteur s’était mis en marche, j’avais planté mes griffes dans le siège et j’étais terrorisé. Devant, les adultes parlaient de moi; ils ne savaient pas si j’étais propre, ils se demandaient si j’avais des puces, si je n’allais pas leur donner des maladies à eux et à leur fille. Ils faisaient des projets sur moi en disant que si je n’étais pas gentil avec eux ils me ramèneraient à la ferme ou même qu’ils m’enfermeraient et que si je n’étais pas propre, ils me mettraient à la porte. Habitué au ronronnement du moteur, je m’étais endormi. 

Bien plus tard, la voiture s’était arrêtée devant une belle villa. Ouf, c’était encore la campagne, il y avait aussi des arbres, de l’espace et des oiseaux. Yvette m’avait porté à l’intérieur; sitôt posé à terre je m’étais caché sous un canapé, pour me remettre de mes émotions. Le calme étant revenu j’avais commencé à faire le tour du propriétaire, en cherchant les endroits qui me seraient importants; d’abord la cuisine; qui se trouvait à côté du coin à manger; ce n’était pas la grande cuisine de la ferme; celle-ci était plus petite et il n’y avait pas de potager, ni de caisse à bois pour se cacher. Il y avait seulement une petite table avec quatre chaises; l’évier n’était pas en pierre et il n’y avait pas le filet d’eau que la fermière laissait couler pour que je me désaltère. En continuant mon exploration, je découvrais à côté du frigidaire une plaque de plastique sur laquelle il y avait un petit bol de lait et une assiette de nourriture. Ces gens étaient gentils, ils n’allaient pas me laisser mourir de faim. Après avoir goûté à la nourriture, j’avais cherché le moyen de sortir pour satisfaire à mes besoins naturels; hélas, toutes les portes menant à l’extérieur étaient fermées. En cherchant bien, j’avais déniché une porte ouverte, c’était celle des toilettes et il y avait une caisse avec du sable dedans. Malin, comme tous les chats le sont, je m’étais soulagé et j’étais content. 

J’étais revenu au salon, j’en avais fait l’inventaire des plantes vertes, des chaises et des fauteuils de velours, le canapé sous lequel je m’étais réfugié était doux et c’est là dessus que je pourrais dormir. J’étais allé ensuite vers les fenêtres, de grandes baies vitrées; dehors, il y avait une terrasse avec un petit jardin derrière; plus loin, il y avait une petite forêt. Je sentais que j’allais me plaire ici. A l’étage il y avait la chambre à coucher des parents et celle de la fillette qui, comme dans toutes les chambres d’enfants, il y régnait un grand désordre, les jouets étaient éparpillés. Plus loin, il y avait une autre pièce qui devait servir de débarras. Le haut étant visité, j’avais continué mon exploration du côté des caves; là, il y avait la buanderie; plus loin, le garage qui hélas avait la porte fermée. Une autre porte était aussi fermée, dans ce local il y avait un drôle de bruit, ce n’est que plus tard que j’avais appris que c’était la chaufferie, m’y étant endormi et m’y étant laissé enfermer. 

J’avais entendu des bruits venant d’en haut et j’étais remonté. Là, le père était à quatre pattes, il me cherchait en m’appelant; il regardait partout, sous les meubles et sur les chaises. Moi, comme un grand, je le laissais faire et je ne répondais pas. La mère était allé regarder dans les toilettes et c’était toute rayonnante qu’elle avait annoncé que j’étais un chaton propre. Elle s’était approchée de moi et elle m’avait récompensé par une grosse caresse. J’étais monté sur un fauteuil et là, je m’étais fait gronder par le père qui ne voulait pas partager son siège avec un sac à puces. J’avais compris qu’il n’aimait pas trop les animaux et qu’il fallait que je fasse attention à lui. 

Le soir, j’étais couché sur le tapis et je regardais mes nouveaux maîtres qui regardaient une drôle de boîte dans laquelle il y avait des images qui bougeaient. Si la petite Yvette ouvrait la bouche pour dire quelque chose, ils la faisaient taire et elle venait vers moi pour que je la console. Elle me caressait, elle me tirait les moustaches, la queue et les oreilles; elle ne me faisait pas mal et je ronronnais. Ses parents l’avaient envoyée au lit et j’avais voulu la suivre; que nenni! je ne devais pas aller avec elle dans sa chambre. Ma place était au rez-de-chaussée, et si ce soir je pouvais rester au salon, c’était exceptionnel; pour le père, la place d’un chat était à l’extérieur ou à la cuisine. 

Au corridor, la patronne avait mis un vieux panier avec un coussin pour que je puisse y dormir. C’était confortable mais j’étais seul. Mon terrain de jeu se résumait à la cuisine, au corridor et à la cave. J’étais un prisonnier et je commençais à m’ennuyer; je regrettais la ferme, je pensais à ma mère et à ma sœur; maintenant que j’étais tout seul. Je cherchais déjà un moyen pour m’échapper et je pensais au lendemain, quand une personne ouvrirait la porte. Cette nuit là, j’avais mal dormi et j’avais fait des cauchemars. 

Le père s’était levé le premier et était allé à la cuisine pour préparer son petit déjeuner; je l’avais suivi en pensant qu’il allait me donner un peu de lait et de nourriture. Il était mal réveillé et il m’avait ignoré comme si je n’existais pas. J’avais miaulé et il ne m’avait même pas regardé. Pour lui, je n’étais qu’une boule de poils juste bonne à quémander de quoi manger et quelques caresses. Plus tard, sa femme s’était levée à son tour et il était parti au travail, sans dire un mot. Elle savait que j’avais faim; tout en me parlant, elle m’avait préparé une soucoupe de lait et une assiette de pâtée pour chat. Elle, au moins elle me comprenait et elle m’aimait un peu. 

Pour Yvette c’était la fin des vacances et elle devait retourner à l’école. Toute la journée je serai seul, personne ne jouerait avec moi, je resterai dans mon panier, je dormirai en attendant son retour et peut-être qu’alors elle jouerait avec moi. J’étais triste. A midi, le père était rentré pour dîner; j’avais voulu lui faire la fête en me frottant à lui; au lieu de la caresse attendue, il m’avait donné un coup de pied en maugréant; j’avais failli le faire tomber et il était en colère. Yvette était pressée et elle se dépêchait de manger; moi, dans mon coin, je les regardais en me disant que les gens vivaient dans un monde de fous, un monde où seule la vitesse comptait. 

L’après-midi la patronne m’avait sorti sur la terrasse; j’en avais profité pour l’explorer et pour aller voir le jardin enneigé. Voyant que j’allais trop loin, elle m’avait appelé et vu que je ne venais pas, elle était venue me chercher. Je croyais que c’était un jeu et je ne me laissais pas attraper; elle courait derrière moi et elle me grondait. Après cinq minutes de course, elle avait abandonné la poursuite et elle était rentrée à la maison. Moi, de mon côté, j’avais continué à faire le tour du propriétaire, j’étais monté sur un arbre, j’étais content de respirer ce bon air frais. Bien plus tard j’étais retourné vers la maison et j’avais cherché vainement un moyen pour y rentrer. En désespoir de cause j’avais sauté sur la fenêtre de la cuisine et j’avais regardé la patronne qui était occupée par son ménage; en me voyant, elle avait ouvert et c’est tout penaud que je m’étais frotté à elle pour lui demander pardon. Comme j’étais rentré tout seul, elle allait pouvoir me laisser sortir tous les jours, quand je le voudrais; je n’aurai plus qu’à aller vers la fenêtre pour le lui faire comprendre. 

Yvette était rentrée de l’école et j’avais voulu jouer avec elle; hélas, elle avait ses devoirs scolaires à faire et elle m’avait fait descendre de la table à deux reprises. J’avais insisté pour la regarder travailler, et j’étais monté sur l’évier. De là, je pouvais la voir, elle écrivait des lettres sur une ardoise, après elle coloriait un dessin pour sa maman et elle essayait de lire des mots sur un livre. Les crayons et la gomme m’avaient intrigué, alors j’avais sauté depuis mon perchoir jusque sur la table; le départ était excellent, mais l’arrivée l’était un peu moins. J’avais glissé et l’ardoise était tombée par terre et elle s’était cassée. Comme récompense, j’avais reçu une magistrale fessée et j’avais passé le restant de la journée dans mon panier. 

Depuis ce jour, j’avais fait attention à tout ce qui se passait autour de moi; je m’effaçais quand le patron rentrait du travail, je ne sautais plus sur la table et j’essayais de ne pas commettre de bêtises. Je sortais quand j’en avais envie et chaque jour j’augmentais mon territoire de chasse. Un jour la neige avait disparu et c’était le printemps; l’herbe redevenait verte, les souris et les taupes sortaient de leurs trous et j’étais heureux d’essayer de les attraper. Quand j’en avais une, je prenais un malin plaisir de l’apporter à la maison et de la montrer à la patronne qui poussait des cris en me voyant. Pauvre femme, elle avait une peur bleue des souris, même mortes. Quelquefois, je me cachais et je restais tapi pour chasser les oiseaux. Ils avaient plus de chance que les souris et c’était rare d’en attraper un. 

J’avais trouvé un trou dans la haie qui était au fond du jardin et je profitais de l’aubaine pour aller plus loin dans mes recherches. Je ne passais plus mes journées à la maison, je me promenais dans les champs, un jour j’avais même poussé l’aventure jusqu’à la forêt. De la maison elle paraissait petite, mais quand on y était elle était très grande. J’avais un peu peur d’y entrer, mais ma curiosité était la plus forte. Je sentais chaque arbre et chaque plante; je chassais les mouches et les araignées. A force de tourner en rond, je ne savais plus où j’étais, j’étais perdu et le soir tombait. 

Il faisait sombre, j’avais très peur; j’étais monté sur un arbre et j’avais attendu toute la nuit que le jour se lève. Je n’avais dormi que d’un œil et j’étais attentif à chaque bruit; à chaque craquement, je sursautais et je risquais de tomber. Cette nuit passée à la belle étoile m’avait permis de me familiariser avec le chant de la chouette et du hibou, j’avais vu des drôles d’animaux qui, je l’avais appris plus tard avaient comme nom blaireau, renard, putois et martre. Au matin, j’avais entendu appeler mon nom dans le lointain; j’avais pu ainsi me diriger vers la maison en courant. J’étais penaud et je pensais à la correction que la patronne allait me donner. Au lieu de celle-ci, c’était des caresses bienvenues qu’elle m’avait faites. Après m’être restauré, j’avais passé le restant de la journée à rattraper les heures de sommeil perdues. 

J’étais devenu grand et fort et, vu que j’étais un jeune matou, je ressentais de drôles de pulsions qui me demandaient de trouver une âme sœur. Les voisins avaient une belle petite chatte grise et, à chaque fois que je la voyais, j’avais le cœur qui tambourinait la chamade. Je croyais que c’était facile de courtiser une belle, c’était sans compter qu’il fallait avoir son accord pour que puisse l’approcher. Je n’étais pas le seul qui la voulait; d’autres essayaient et eux aussi se faisaient souffler et griffer. Pourtant un jour, j’avais pu faire fuir ces parasites et j’avais pu ainsi aimer ma belle. C’était tellement bon que j’avais voulu en rencontrer et en aimer d’autres. 

Un matin j’étais parti de très bonne heure à la recherche de nouvelles conquêtes et j’avais prévu de passer une ou deux journées loin de la maison. En vadrouillant de gauche à droite, en me bagarrant par ci par là, j’étais arrivé dans un autre village. Là, je ne connaissais personne, tout le monde était étranger pour moi. J’aimais la présence des humains et eux aimaient à me caresser; quelquefois c’était un paysan qui me donnait à manger, d’autres fois, j’allais voler la pitance d’un chien. Là aussi j’ai dû me bagarrer pour me faire respecter par les chats du voisinage. C’était la belle vie, la belle époque, j’étais libre de faire ce que je voulais et je me sentais partout chez moi. 

J’avais presque oublié la petite Yvette et ses parents; c’était l’été, les chattes avaient mis bas leurs chatons et parmi eux, j’en reconnaissais qui venaient de moi et j’en étais fier. Un jour pourtant, cette belle aventure avait pris fin. En rentrant d’une partie de chasse à la taupe, j’avais vu une voiture devant la ferme; elle ne m’était pas inconnue et les gens qui discutaient avec le fermier non plus; c’étaient les parents d’Yvette. Ils étaient à ma recherche et il questionnaient le brave homme pour savoir s’il ne m’avait pas vu. Curieux, je m’étais approché d’eux, la queue en l’air, en poussant un ronron de bienvenue; je m’étais frotté contre les jambes des deux hommes. 

En me voyant, la petite fille était sortie de la voiture en courant; elle m’avait serré contre son cœur, toute contente de me retrouver. Elle était pâle, comme si elle était malade; ses yeux rougis par les pleurs recommençaient à avoir un bel éclat. Je pensais que j’allais me faire gronder et avoir une belle correction pour mon escapade de deux mois. Que non pas, au contraire, j’ai eu droit à une bonne dose de caresses. Ensuite ce fut le retour à la maison, j’étais enfermé dans une cage en osier et je miaulais car j’avais perdu ma liberté. 

J’avais retrouvé le confort de la maison, mon panier et mon coussin, mes écuelles de lait et de nourriture. Les parents m’avaient nettoyés, car il paraissait que je sentais mauvais et que mon pelage était plein de vermine. «La vie de château» qu’ils disaient, pour eux c’était la belle vie, alors que pour moi, je ne pouvais plus sortir, les fenêtres étaient toujours fermées, je ne pouvais plus aller au jardin, je ne pouvais plus aller à la chasse. Quand la maîtresse faisait le ménage et aérait une pièce, j’étais enfermé dans le garage ou dans une chambre. 

Quelque temps plus tard, ils m’avaient remis dans une cage en osier et ils m’avaient emmené chez un homme tout habillé de blanc. C’était un vétérinaire qu’ils disaient. Pour soi-disant me protéger contre les maladies, l’homme m’avait fait une piqûre; celle-ci m’avait fait moins mal que celle qui m’avait été faite par la guêpe que j’avais dérangé. Je n’étais pas au bout de mes souffrances; profitant de mon stress, l’homme m’avait enfermé dans une caisse en laissant juste mon train arrière sortir. Soudain, j’avais ressenti une forte douleur qui m’était remontée jusqu’au ventre. En me libérant de la caisse, l’homme avait dit que l’opération était terminée. J’avais regardé hébété ce qu’il m’avait fait, pauvre de moi, ce jour-là, j’avais perdu mes beaux attributs, et avec eux ma dignité de matou. 

Ces pauvre gens, ils croyaient que je n’allais plus sortir, ils croyaient que je serai moins sauvage et que je n’aurai plus de pulsions. Ils ne savaient pas que j’avais une grande mémoire et que je ne pouvais pas vivre enfermé dans mes souvenirs. Au début, j’avais joué à leur jeu, je sortais peu, je restais de longues heures couché sur la terrasse ou à l’ombre de l’arbre. Je faisais exprès de ne plus chasser les oiseaux et les souris, je faisais semblant de ne plus être le matou qui faisait des frasques. La petite Yvette avait repris bonne mine et riait de nouveau; elle ne s’occupait presque plus de moi, préférant jouer avec ses poupées ou avec ses camarades. 

Un jour j’en ai eu marre. Profitant de l’absence de tout le monde, je m’étais enfui dans une tout autre direction que lors de ma première escapade. J’avais couru et marché toute la journée, oubliant de manger et de boire, tout heureux d’être de nouveau libre. J’avais dormi dans une grange désaffectée en solitaire. Je n’avais pas peur de la nuit. Le lendemain, avant de continuer mon long voyage, j’avais mangé une grosse souris et j’avais bu de l’eau dans une gouille. C’était moins bon qu’à la maison, mais la liberté n’a pas de prix. J’avais traversé plusieurs villages et à chaque fois que je m’approchais d’un de mes semblables, j’étais rabroué car je n’étais plus un chat entier, Dieu que j’en voulais à ces hommes qui ne voulaient plus que je sois un beau matou. 

Après avoir marché plusieurs jours, je m’étais approché d’une bourgade. C’était encore la campagne mais les habitations n’étaient pas comme les fermes; elles étaient plus grandes et plus hautes et surtout il y avait beaucoup d’enfants. Par curiosité je m’étais approché prudemment. Les gosses jouaient dans des carrés de sable pendant que les mamans discutaient en tricotant sur les bancs. Les gamins étaient gentils et ils étaient ravis de pouvoir me donner des caresses; un petit garçon m’avait pris dans ses bras et il m’avait montré à sa mère. Cette brave femme m’avait parlé et elle m’avait donné un morceau de biscuit. J’étais resté une bonne partie de l’après-midi avec eux et le soir, j’avais fait mine de les suivre. 

La liberté, étant plus forte que la sécurité d’un gîte, pour moi avait repris le dessus et, lorsque nous étions arrivés vers la porte d’entrée et que cette femme m’avais appelé, je m’étais enfuis pour me cacher sous des arbustes. De cet endroit je pouvais observer tout ce qui ce passait dans cet immeuble et je voyais les allées et venues de ses habitants. Le soleil s’était couché derrière les crêtes du Jura et les lumières des appartements s’étaient allumées. Les fenêtres étaient ouvertes et j’entendais les enfants pousser des cris car leurs parents ne voulaient pas se plier à leurs exigences et qu’ils devaient aller se coucher. J’entendais aussi des éclats de rire quand une personne avait raconté une bonne histoire. Ce soir là je m’étais endormi comme à l’accoutumée, en ayant toujours un œil ouvert et une oreille aux aguets. 

Le lendemain matin j’étais allé dans les champs pour chercher ma pitance; j’avais un peu peur quand des gens promenaient leurs chiens et qu’ils étaient détachés; j’étais tapis et prêt à prendre la fuite. Le temps était au beau et j’avais profité de cette journée pour continuer l’exploration de ce quartier de maisons. Partout il y avait de l’animation, les femme s’affairaient à étendre leur lessive ou allaient faire leurs courses accompagnées de leurs chérubins. Plus loin, sur un banc deux vieillards parlaient du bon vieux temps, quand ils étaient jeunes et beaux. Dans le jardin public, des enfants jouaient avec les balançoires et le carrousel ou faisaient des descentes vertigineuses sur le toboggan. 

L’après-midi était plus chaud que d’habitude et j’avais fait comme tout le monde, j’avais fait une longue sieste à l’ombre d’un buis, bien caché pour ne pas être dérangé. La faim qui me tenaillait m’avais réveillé et par ces fortes chaleurs, je n’avais aucune chance de trouver quoi que ce soit dans les champs; tous les animaux s’étaient enfouis dans leurs trous pour se protéger des rayons ardents du soleil. J’avais cherché un peu partout de la nourriture, sans succès; les poubelles étaient enfermées dans des grands conteneurs et je ne pouvais pas les fouiller. Je m’étais approché d’une ferme en espérant trouver ma pitance; mal m’en avait pris, j’avais tout de suite été chassé par les propriétaires qui ne voulaient pas avoir un nouvel invité parmi eux. 

En désespoir de cause, j’étais revenu vers les blocs locatifs. Là peut-être je trouverai de quoi me remplir l’estomac. En chemin j’avais vu une femme qui promenait son chien en laisse; elle avait l’air gentille, tout comme son toutou. Je les avais regardé et le chien, sans agressivité m’avait senti; et moi, pour le saluer, je lui avais donné un coup de tête amical. J’avais fait un bout de chemin avec eux, marchant à côté de mon nouvel ami; j’avais tout comme lui ma queue en l’air et pour les gens qui nous voyaient déambuler tous les trois, ce devait être un spectacle assez inhabituel. 

Cette dame me parlait d’une voix douce en m’appelant Mizou, elle voulait savoir à qui j’appartenais, ce que je faisais dans la région car elle ne m’avait jamais vu. Je lui répondais en faisant mes plus beaux miaulements et elle semblait me comprendre. Elle se rendait compte que j’avais l’estomac dans les talons. Arrivé devant leur maison, elle m’avait appelé, elle m’avait caressé; je m’étais laissé faire quand elle m’avait pris dans ses bras. J’avais quand même peur quand nous avions pris l’ascenseur parce que pour moi c’était la première fois. Nous étions devant la porte de l’appartement et j’entendais des miaulements plaintifs. 

C’était une jolie petite chatte siamoise; elle pleurait parce que son ami l’avait abandonnée pour aller se promener, alors qu’elle, craintive, elle ne quittait jamais son logis et elle allait à l’extérieur seulement sur le balcon. En me voyant elle m’avait soufflé et elle s’était cachée sous un lit. Qui disait chat, disait aussi nourriture; sans problème j’avais trouvé le coin à manger. Là il y avait des croquettes de viande pour chiens et pour chats; il y avait aussi une écuelle d’eau bien fraîche. Le chien s’était désaltéré et il m’avait laissé la place pour que moi aussi je puise boire de tout mon soûl. J’avais mangé à m’en faire péter la panse et lorsque je fus repu, je m’étais allongé sur un tapis pour mieux digérer. 

Chez cette dame il y avait aussi un homme; derrière ses lunettes posées sur son nez, ses yeux reflétaient la bonté et l’amour des animaux; il m’avait lui aussi appelé Mizou et il m’avait donné des caresses tout en me disant que j’étais un beau matou. La chatte, quant à elle, sa curiosité gagnant, était venue toute penaude, se rendant compte que je ne voulais pas prendre sa place, me sentir et aussi fraterniser. Elle m’avait léché, me prenant pour un de ses petits qu’elle avait eu autrefois, avant qu’elle soit recueillie par ces braves gens. Avec mes deux nouveaux amis j’avais fait le tour du propriétaire; ils m’avaient montré les fauteuils et le canapé sur lesquels, quand il y avait de la place pour eux, ils pouvaient dormir. Il y avait aussi une grande table avec un joli tapis qui était doux et que par la suite je pourrais aussi utiliser. Partout il y avait des chaises et des endroits pour se cacher et pour avoir des instant de paix. 

Le soir était venu et mon envie de vagabonder m’était revenue. J’étais devant la porte et j’avais demandé en miaulant la permission pour sortir, pour aller me balader au clair de lune. Ces gens pour qui la liberté est aussi une chose sacrée m’avaient rendu la mienne en me laissant aller. Je ne savais pas encore cette nuit là qu’une grande amitié était née et qu’elle allait durer plusieurs années. Après avoir fait ma promenade de santé, je m’étais endormi repu et pansu sous mon buis. Cette nuit était belle, le ciel était étoilé et la lune était pleine; on y voyait presque comme en plein jour. Au matin, grande fut ma surprise, quand j’avais vu devant la porte d’entrée une poignée de nourriture qui m’était destinée; c’était mon petit déjeuner qui m’était servi sur un plateau, au saut du lit. 

Ainsi au fil des jours, à chaque fois que je voyais la dame au chien, je courrais vers elle, je poussais un ronron de plaisir et je les accompagnais dans leur promenade à travers champs. Quelquefois le chien pouvait courir dans
les prés et je jouais avec lui, je me cachais et lui, il devait me chercher; lorsqu’il me trouvait, c’était une fête. Quand je rentrais avec eux, j’avais droit à ma collation et à ma sieste réparatrice, dans le calme, sans crainte des dangers de l’extérieur. Un soir d’orage, j’avais pu dormir à l’abri, au chaud et au sec; c’était ma première nuit que je passais à l’intérieur depuis longtemps. Ma place préférée était sur le tapis qui recouvrait la table; de là, je pouvais voir tout ce qui se passait et mon plus grand plaisir, c’était quand la télévision fonctionnait et qu’il y avait des poissons et des oiseaux qui bougeaient; ils avaient l’air tellement vrais que j’avais envie de les attraper. 

Tout en étant libre de tous mes mouvements et de tous mes désirs, je peux maintenant rester à la maison quand je le veux. A chaque fois que je rentre, c’est une fête autant pour ces braves personnes que pour mes deux amis. Je sors quand je le veux et si un soir je ne veux pas rentrer, je reste dehors. Quelquefois la dame s’inquiète et en me mettant de la nourriture sur le pas de la porte m’appelle jusqu’à ce que je vienne. Si je réponds elle est contente, alors que si je ne fais pas elle est triste et elle me rappellera plusieurs fois, même au milieu de la nuit. 

Un beau jour d’automne, j’avais accompagné mes amis dans leur promenade; c’était bizarre car cette balade était plus longue que d’habitude. le chien et moi on courrait à qui mieux mieux, il faisait semblant de me chasser et quelquefois je me laissais attraper par lui; il me mordillait sans me faire mal et nous étions content. On ne distinguait presque plus la maison dans le lointain et je me posais beaucoup de questions sur le retour quand une voiture m’avait fait prendre la fuite dans un arbre. Je ne savais pas ce qu’il fallait faire, s’il fallait suivre la dame au chien ou s’il fallait retourner vers les maisons. A force de réfléchir, je ne voyais plus mes amis et j’étais parti à leur recherche sans les trouver. 

Le village où ils s’étaient rendu était joli, il y avait des chalets, des villas et des fermes. Les gens avaient l’air sympathiques et souriants; lorsque j’allais vers eux pour quémander de la nourriture ou des caresses, ils ne me chassaient pas. Cette saison était belle, lorsqu’il faisait un peu de gros temps, je trouvais une grange ou un bûcher comme abri de fortune. Les champs regorgeaient de campagnols et de taupes; je ne manquais de rien. Mes frasques avaient duré plus de deux mois et pendant ce temps, à chaque soir, la dame au chien m’appelait et elle mettait quelques croquettes devant la porte, nourriture qui étaient mangée par les autres chats. 

Elle se faisait beaucoup de soucis et elle me croyait mort, alors que son mari croyait en ma ruse et en ma sagacité; pour lui j’étais assez malin pour survivre à bien des situations, même à me défendre contre un renard ou contre un chien errant. Le temps devenait de plus en plus mauvais et les jours raccourcissaient à vue d’œil. aux premières gelées j’étais à nouveau venu vers cette grande maison blanche dans l’espoir de voir mon ami le chien avec sa maîtresse. J’avais à nouveau faim et j’avais surtout froid car j’étais mouillé. J’avais miaulé et une fenêtre s’était ouverte; c’était elle, elle m’avait entendu et elle m’avait tout de suite reconnu. 

Tous m’avaient fait la fête et personne ne m’avait grondé; on était tous content de se revoir et d’être à nouveau réunis. Depuis ce jour là, à quelques exceptions prés, je passe toutes mes nuits bien au chaud dans mon foyer d’adoption, je rentre et je sors quand j’en ai envie et moyennant quelques ronrons et quelques caresses, je mange à ma faim. Autant j’occupe une petite place dans leur vie, autant j’occupe une grande place dans leur cœur. Je ne suis plus un squatter, je ne suis plus un SDF, maintenant j’ai une famille et en plus, j’ai gardé ma liberté…

 Comme toute histoire a une fin, hélas, même les plus belles histoires d’amour, Mizou est parti pour le paradis des chats le samedi 16 octobre 1999 au matin. Il s’est fait attraper par une voiture et on l’a conduit chez un vétérinaire à Villeneuve, où il y est décédé à 14.30h. 

 

 

 

 

Il est mort comme il a vécu, libre ! 

Michel Werlen 1999




Sites intéressants

13052007

Quelques sites intéressants à visiter

16042007

Pour ceux que la culture amérindienne intéresse, c’est un site formidable.

http://www.culture-amerindiens.com/

Un couple d’amis canadiens font un tour du monde en deux ans et nous font part de leurs impressions en nous envoyant texte, photographies et vidéos sur leur blog.

http://mgdtasie.blogspot.com/

Voter pour les 7 nouvelles Merveilles du Monde.

http://www.alinti.it/wonders.htm

Un blog de politique en cette période électorale de Julien Dray qui parle en toute objectivité.

http://juliendray.skyblog.com/

Le Blog d’une jeune Suissesse qui s’en va bientôt faire une petite balade avec son cheval jusqu’en Irlande.

http://www.suisseirlande.com/

Un joli blog des bébés pandas qui sont nés en Chine l’année dernière, à suivre semaine par semaine; un peu long pour le téléchargement, mais ça vaut la peine (pas besoin de traduire le texte, les images parlent d’elles mêmes).

http://blog.sina.com.cn/xiongmao#feeds_FEEDS_1227124022

http://v.blog.sina.com.cn/b/717104-1227124022.html

http://v.blog.sina.com.cn/b/714444-1227124022.html

 

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13052007



Le vieil Arbre

13052007

LE VIEIL ARBRE

4052007

INTRODUCTION 

            Pauvres petites choses que nous sommes, regardons autour de nous, observons cette belle nature que nous humains ne savons plus chérir. Retrouvons le langage de nos ancêtres qui eux savaient parler aux animaux et aux plantes. Parlons avec eux et si une fois l’animal ou l’arbre nous répond, peut-être aurons nous retrouvé une forme de sagesse oubliée depuis fort longtemps. 

            D’autres gens, qui bien que n’étant ni archéologues ni historiens arrivent à faire parler les pierres des vieilles maisons et des vieux édifices, qui eux aussi ont une histoire et une âme. Sachons donc nous aussi écouter ces vieilles bâtisses raconter l’histoire de la vie qui les animait. 

            Fort de ces paroles reçues par un sage homme, j’ai appris à regarder la nature et les pierres d’un autre œil et j’ai essayé de leur parler. Les débuts furent difficiles mais avec le temps j’ai compris que chaque chose ici bas a une âme et une histoire et que l’on peut, si on a de l’imagination converser avec elle. 

            Chacun de nous peut en regardant la forme d’un arbre voir ce qu’il a vécu et ce qu’il a enduré. En voyant l’arbre de la montagne qui doit chercher sa maigre nourriture entre les pierres et la terre maigre, cet arbre qui souffre mille martyrs avec les vents violents, la neige lourde et pesante qui tient longtemps, avec quelquefois l’avalanche qui ne s’arrête pas à temps, on comprend mieux sa vie et son utilité. 

LE VIEIL ARBRE 

             Me promenant sur un pâturage de montagne, à la fin de l’été, cherchant des champignons, respirant l’air pur de ces régions, écoutant les oiseaux chanter, savourant ces instants de bonheur, je vis au loin, au milieu du pacage un magnifique arbre solitaire. Il avait de l’allure et de la majesté, quelques vaches et quelques génisses somnolaient à son pied en profitant de son ombre. Plus je m’approchais de lui, plus il me semblait grand. Les vaches se sont levées et par curiosité sont venues vers moi, peut-être à la quête de sel ou de caresses; même une d’entre elle m’a léché la main de sa langue râpeuse. 

            Ce sapin était énorme, il devait avoir entre trois et quatre cents ans et malgré son grand âge il était en pleine santé et débordait de vigueur. Sous ses branches il n’y avait plus d’herbe car elle avait été piétinée par les bovins et les humains en quête de fraîcheur. Le long de son tronc il y avait des stigmates de blessures avec au-dessous des grosses boules de poix. Je me suis assis à son pied et la fatigue aidant, je me suis endormi d’un sommeil réparateur car je marchais depuis le matin. Dans cette sieste j’ai entendu une voix qui m’appelait, c’était le sapin sous lequel j’étais qui essayait de me parler; il m’invitait au dialogue, il voulait me raconter son histoire, sa vie. Sa voix était un doux murmure semblable au bruit que fait la brise matinale dans les branchages; ce jour là il m’a dit: 

            «Salut humain, toi qui aimes les belles histoires, je vais t’en raconter une, celle de ma longue vie». 

            Je suis né il y a fort longtemps, à l’époque où la forêt que tu vois au bas de la côte m’entourait; c’était il y a trois ou quatre siècles, je ne me souviens plus très bien. Tu vois, je me fais vieux, la mémoire me fait défaut et depuis un fameux coup de foudre il y a quelques années j’ai perdu une de mes têtes alors, ça ne s’est guère arrangé depuis. 

Avant ma naissance, j’étais comme toutes choses ici bas, une graine, une toute petite graine; elle avait été transportée par le vent, oubliée ou dédaignée par l’oiseau ou l’écureuil. Heureusement, sinon je ne serais pas ici pour te raconter ma vie. Donc disais-je cette graine a trouvé un terrain propice, avec du bon humus; elle a germé et je suis sorti de terre. Au début j’étais si petit que même l’herbe était plus grande que moi; tout ce qui m’entourait était gigantesque, le champignon que tu cueilles à mon pied était pour moi un géant. Après deux ou trois ans, vu que j’avais grandi cette même herbe me chatouillait les brindilles et elle ne me dépassait plus. 

            Tu ne le sais peut-être pas, nous les arbres nous sommes comme vous les hommes, nous avons des parents grands et forts, nous avons des frères et des sœurs, nous avons aussi des cousins qui sont de la même espèce mais pas de la même famille. Moi je suis un épicéa, appelé aussi sapin rouge à cause de la couleur de mon écorce; mon cousin, le sapin blanc n’est pas habillé comme moi et il n’a pas les mêmes aiguilles que moi. D’autres cousins ont des aiguilles plus longues, telles celles du pin, du mélèze ou de l’arolle. Un autre cousin a des aiguilles très foncées et des fruits rouges, c’est l’if. 

Chez nous comme chez vous les grands protègent les petits et, quand le soleil était si fort et qu’il aurait pu me brûler, les branches des aînés m’avaient fait de l’ombre et aussi quand les pluies torrentielles nous tombaient dessus, ce n’était que des gouttelettes qui m’arrosaient doucement. L’eau, source de vie, peut aussi devenir source d’ennuis pour nous; s’il y en a trop on meurt noyé, s’il n’y en a pas on meurt grillé par la sécheresse. La saison la plus pénible pour nous les arbres, c’est l’hiver; la neige qui nous pare est quelquefois très lourde et si l’on n’est pas assez fort, les branches cassent et nous devenons infirmes. Grâce aux grands arbres qui m’ont protégé des années durant, je ne suis pas mort noyé ou sec et mes petites branches d’alors n’ont pas été hachées menu. 

Je grandissais lentement mais sûrement, je devenais plus fort mais je ne voyais pas tous les dangers qui m’entouraient. Une fois, c’était un chevreuil qui en voulant me brouter avait failli me faire passer de vie à trépas; heureusement qu’un goupil amoureux avait marqué son territoire sur moi et que cette odeur désagréable avait coupé net la gourmandise de l’animal. Une autre fois, c’était le pied d’un promeneur un peu tête en l’air qui avait failli m’écraser; ce jour là, le Ciel était avec moi car un champignon avait attiré son attention et de ce fait dévier son pas. 

            Les années passaient et j’étais déjà plus grand et j’étais plus costaud; c’était à mon tour de protéger mes petits frères et mes amis. J’avais de l’ambition et je voulais devenir un beau meuble ou une charpente de maison de maître; alors je me nourrissais plus que les autres; je profitais de tout ce qui m’était donné. Un jour des hommes étaient venus, c’était en hiver, il y avait de la neige; ils étaient munis de scies et de haches. Ils nous ont regardé, ils nous ont triés et ils ont choisi. Des frères et des amis ont été coupés pour qu’on les garnisse de boules et de guirlandes, pour ensuite les illuminer avec des bougies. Moi aussi j’aurais voulu être comme eux, qu’on m’embellisse pour cette fête qu’on appelle Noël. Les hommes n’ont pas voulu de moi parce que j’étais beaucoup trop grand pour aller dans une maison ou dans l’église et j’étais trop petit pour garnir la place de l’hôtel de ville. Ils m’avaient surnommé «le Dominant»; donc, de ce fait, j’allais vivre beaucoup plus longtemps que les autres arbres de cette forêt. 

            Ce jour-là, j’avais pleuré à grosses gouttes de résines sur le sort qui avait été réservé aux miens et aux amis qui m’avaient quitté pour toujours. Pendant longtemps j’ai haï et détesté ces hommes armés d’outils tranchants; jusqu’au jour où j’ai appris qu’un de mes grands oncles leur avait donné les planches pour leur dernier costume; pour moi justice avait été faite. J’ai su ce jour là qu’un arbre est utile même après la vie d’un homme. 

En automne, mes amis les feuillus qui sont moins souples que nous les résineux, perdent leur parure qui s’était colorée en jaune ou en brun; c’est aussi la saison de la chasse et des champignons. Une année, un groupe de chasseurs qui fêtait l’ouverture de la chasse ou la mort de leur première victime s’était amusé à me tirer sur la cime. Pour mon malheur ou plutôt pour mon bonheur, c’est ce jour là que j’ai perdu le dessus de ma tête. C’est peu après que j’ai appris qu’il existait aussi un Dieu pour nous les arbres; je croyais mourir à cause des blessures infligées mais au
printemps, c’était un nouveau miracle. Mon chef coupé avait fait place à une couronne de quatre têtes toutes plus belles les unes que les autres. De ce souvenir de jeunesse, comme tu peux le constater aujourd’hui, il m’en reste encore trois. 

Bien plus tard je suis devenu adulte, j’ai fleuri et comme mes parents j’ai donné des fruits. Pour mon plus grand plaisir, les oiseaux et les écureuils se les disputaient; les hommes venaient aussi les récolter pour se chauffer et leurs femmes les garnissaient de fleurs des champs. Les gosses se les lançaient, pour s’amuser; les plus grands qui pouvaient jouer avec le feu en faisaient des petites torches. J’ai aussi donné le gîte et le couvert à de multiples générations de petites bêtes et d’insectes; de la fourmi au puceron, de la souris à la gerboise, du loir à la martre. Les sangliers venaient se gratter contre mon tronc rugueux et dormir à mon pied. Lors des grosses chutes de neige, le manteau blanc ne venait pas contre moi et c’était l’abri idéal pour les chevreuils. En devenant plus grand et plus robuste, j’ai dû faire comme les autres sapins avant moi, protéger les jeunes de l’ardeur du soleil, les abriter des pluies d’orage et de grêle et leur faire un couvert contre les vents violents, être comme un toit protecteur et garder sur moi cette neige pesante qui aurait pu les écraser et les faire mourir. 

            Les années passaient et ma cime commençait à dépasser la tête des autres grands arbres; j’avais maintenant plus de lumière et je voyais qu’au fur et à mesure des coupes de bois l’orée de la forêt s’approchait de moi. La surface des pâturages grandissait et les vaches n’étaient plus qu’à une quinzaine de mètres de moi; c’était drôle de vivre en forêt et d’entendre à mes côtés les tintements des sonnailles et les meuglements du bétail. Quelquefois des chèvres, en quête de plantes forestières ou par curiosité venaient jusqu’à moi. 

L’homme avait toujours besoin de plus d’espace pour faire pâturer son bétail, il lui fallait aussi du bois pour se chauffer et pour cuire sa nourriture, il lui fallait encore du bois pour construire et meubler son chalet. Il coupait les arbres de la lisière et plus il s’approchait de moi, plus j’appréhendais que ce soit bientôt mon tour. Plus le temps passait, plus mes amis disparaissaient; qu’étaient-ils devenus, meubles, charpentes, bois pour le feu? A chaque automne, je me disais que cela allait être à mon tour de passer de vie à trépas et que mon rêve d’enfance allait enfin se réaliser, je serais une table ou une armoire ou encore la poutre faîtière d’une jolie maison. 

            Je ne suis pas tombé sous les coups de la hache des bûcherons, aujourd’hui encore je me demande le pourquoi; étais-je trop grand, trop gros, trop moche ou vu que j’avais une couronne me prenaient-ils pour le roi de la forêt et qu’ils n’osaient pas me couper? Ma chère forêt me quittait, ce n’était pas moi qui l’abandonnais, c’était l’homme qui éloignait sa lisière de moi en me laissant seul au milieu de ce pâturage. Pourquoi? Je n’en sais encore fichtre rien! 

            Maintenant je vis seul, mes plus proches amis vivent à plus de cent mètres de moi, et lorsque je veux converser avec eux comme je le fais avec toi, il faut que j’attende que la brise du soir ou du matin leur apporte mes propos et il faut ensuite que le vent tourne pour que je puisse entendre leurs histoires, toutes aussi intéressantes que les miennes. L’attente peut durer plusieurs jours; c’est parfois long, mais pour nous les arbres, à l’inverse de vous les hommes, le temps ne compte pas. Cette solitude qui est pesante quelquefois a aussi du bon, les gens me regardent, ils s’intéressent à moi, ils cherchent à deviner mon âge, que je ne connais pas moi-même. Les enfants aiment à jouer autour de moi et à me caresser et si une classe d’école passe par ici, les petites filles font une ronde en chantant autour de mon tronc. 

            Il y a fort longtemps le gamin du berger qui aimait bricoler avait tiré deux chaînes sur une de mes basses branches et avait confectionné une balançoire pour ses petites sœurs. Il avait ensuite construit une cabane dans laquelle on pouvait y accéder uniquement par une échelle clouée contre mon tronc. Cette cabane existe toujours mais les planches sont pourries; plus d’enfants viennent y jouer car maintenant les gosses ne vivent plus les mêmes aventures qu’avant, le monde a soi-disant évolué. 

Ce petit garçon devait beaucoup m’aimer car vois-tu, j’étais son confident et il avait voulu me faire partager ses premières amours; regarde cette cicatrice, là juste au-dessus de ta tête, regarde ce gros cœur, à l’époque il ne mesurait que dix centimètres. Aujourd’hui il en fait presque quarante, il faut dire qu’avec l’âge j’ai pris de la bouteille. Ce jeune homme avait grandi et comme son père il était devenu berger. Il s’était marié et sous mon couvert il avait construit une table avec deux bancs; son plus grand plaisir était de venir manger et passer ses dimanches avec moi accompagné de ses enfants et de sa femme. J’en ai entendu des chants, des rires, des cris de joie et aussi quelquefois des pleurs, quand un des gosses s’était fait mal. 

            L’homme comme moi avait vieilli, comme toi il avait écouté mon histoire et comme toi il aimait à se confier à moi; maintenant c’est sa descendance qui quelquefois me fait l’honneur de la conversation. Les derniers pleurs que j’ai entendus, c’était il y a deux semaines quand les deux gosses de l’armailli qui se trouve au chalet pleuraient la mort de leur arrière grand-papa qui s’en était allé à l’âge de huitante-quatre ans. Mon cœur a saigné et j’ai moi aussi pleuré car cette grande amitié s’est soudainement transformée en un triste souvenir. J’aurais voulu lui donner quelque chose de moi-même, mais suis-je encore peut-être trop jeune? 

            Toutes ces histoires m’essoufflent et m’assoiffent, laisse-moi récupérer et me désaltérer au petit ruisseau et je te raconterait son aventure. A l’époque toute cette montagne était recouverte d’arbres et ce ruisseau qui n’était alors qu’une rigole coulait presque sur l’autre versant. Les hommes avaient défriché cette forêt sans replanter un seul arbre; Dame Nature s’en est un peu vengée en provoquant un petit glissement de terrain et un éboulement, vu qu’il n’y avait plus les racines pour retenir la terre. Cette rigole s’était transformée en pissot et ce ruisselet était sorti de son lit; heureusement que j’étais là avec quelques grosses pierres pour le retenir, sinon il allait mourir anonymement dans la gorge voisine. 

Depuis lors, on a fait ami-ami, il me désaltère lors des grosses chaleurs et je le protège les soirs d’orage quand il fait des cauchemars et que le tonnerre gronde, qu’il s’agite et qu’il voudrait sortir de son lit. Le lendemain matin, au lever du jour, lorsqu’il s’est calmé il me raconte sa nuit et ses rêves; moi je fais de même, par la brise et lui par son doux clapotis. Lui, quand il est content, il me gratifie d’un petit arc-en-ciel qui met de la couleur sur mon destin. Moi, pour jouer, je fais tomber une pive dans son petit lit. 

Ma vie que beaucoup croient calme et sereine est de plus en plus dure et agitée, nombre de jeunes qui roulent avec des vélos tout terrain m’éraflent et blessent les racines qui dépassent du sol; des autres s’amusent à me tirer dessus avec des carabines ou des arbalètes. Ils ont même réussi à allumer un feu à mon pied parce qu’il paraît que c’est beau un arbre qui brûle, on m’a enfumé, j’ai quelques branches jaunies et ma sève coule par ces blessures. Des personnes ont arraché une partie de mon écorce pour faire leur feu parce qu’il fallait aller trop loin pour chercher du bois. Que veux-tu mon ami, c’est triste le non-respect d’autrui! 

            Pour moi ce sera bientôt la fin d’une grande, passionnante et longue vie; lente agonie qui sera due à la maladie ou à la morsure des insectes qu’on n’avait plus vus depuis fort longtemps. Je ne suis plus souple comme avant, le moindre souffle fait craquer mes branches qui commencent à se dessécher. Ce sera la vieillesse qui me vaincra ou peut-être un nouveau coup de foudre mieux placé que le précédent. Ce sera je l’espère le coup de grâce donné par le bûcheron qui avec sa hache et sa tronçonneuse me fera tomber. Avec eux j’entendrai leurs rires et je verrai leur joie car ils trinqueront à l’amitié devant un feu de mon bois et ainsi, je leur réchaufferai non seulement le corps mais aussi le cœur. Si l’homme ne vient pas, je resterai là debout, à me dépouiller de mes aiguilles et de mes branches, vestige d’une existence, je serai juste bon à nourrir les vers de bois qui eux à leur tour iront nourrir les oiseaux, c’est la loi de la nature et c’est de cette façon que beaucoup d’arbres meurent. 

            Promets-moi mon ami que durant le peu de temps qui me reste à être debout tu viendras me voir quelquefois et comme aujourd’hui converser avec moi. Tu viendras encore profiter de mon ombre, tu écouteras de nouveau les chants des oiseaux, tu respireras ma bonne odeur de résine, sous mes branches tu trouveras la fraîcheur et l’inspiration, tu rêveras à ton avenir et tu te souviendras de notre première rencontre. Tu vivras l’instant présent et tu diras à qui veut l’entendre que si on ne peut briser un arbre on peut lui casser les branches petit à petit et ainsi de jour en jour le faire mourir. 

            Un petit courant d’air frais me réveille, je regarde où je suis, je me frotte les yeux, je secoue la tête et je pense à ce rêve qui n’en est peut-être pas un. Le soleil fuit vers l’ouest, vers le couchant; la lumière du jour se fait plus faible, les montagnes rougissent. Le soir descend et c’est l’heure de la rentrée au foyer. Je caresse encore une fois l’écorce meurtrie de mon ami le sapin et je lui ai dit dans un murmure «Merci vieil arbre pour ta conversation et ta sagesse, je reviendrai te voir aussi souvent que je le pourrai, on reparlera, on se racontera de belles histoires et si ma vie est assez longue, je t’aiderai dans tes derniers instants». 

            Depuis ce jour là, à chaque fois que je passe dans cette région, je ne manque pas d’aller lui donner le salut et de converser longuement avec lui. 

            Comme le disait notre ami Georges: «S’il existe un paradis pour les arbres», attends-moi le plus longtemps possible, je t’y retrouverai peut-être un jour! 

 

M. W. avril 1996 

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Catégories : Esssais




La Fête des Mères

12052007

La Fête des Mères, une tradition importée des Etats-Unis 

Les mamans seront fêtés en Suisse dimanche. Cette gratitude authentique ou contrainte suscite une fièvre commerciale et des dépenses évaluées à plusieurs dizaines de millions de francs. 

Les sollicitations mercantiles profitent surtout aux fleuristes, aux bijoutiers, aux pâtissiers et chocolatiers, aux marchands de parfums, d’électroménager mais aussi aux restaurateurs et aux entreprises de transport. Il se vend notamment pour quelque 50 millions de francs de bouquets et arrangements floraux.  La Fête des Mères a été instituée en Suisse en 1929 sous la pression des confiseurs, des fleuristes et des jardiniers. Des opposants avaient critiqué cette réjouissance heurtant la retenue naturelle des Suissesses. Pour eux, il fallait honorer sa mère toute l’année et non lors d’une journée officielle «importée». 

Coutume printanière

Coutume printanière, la Fête des Mères vient des Etats-Unis. A la fin du XIXe siècle, Ann Jarvis imagine un jour du souvenir dédié aux mamans. Cette fête séduit progressivement la majorité des Etats américains et devient officielle sur l’ensemble du territoire en 1914. 

L’idée contamine l’Europe qui, au sortir de la Première Guerre mondiale, doit favoriser la famille et les naissances. Toutefois, l’unité n’existe pas: en Espagne, par exemple, les mères sont honorées le premier dimanche de mai, en France le dernier, voire au début du mois de juin. En Grande-Bretagne, elles sont fleuries à la mi-mars. 

Lointaines origines 

La Fête des Mères réactive de lointains épisodes de l’histoire humaine. Durant l’Antiquité, le monde gréco-romain vénérait Cybèle (ou Rhéa) surnommée «Grande Mère» ou «Mère des dieux».  Son culte introduit il y a plus de 2200 ans s’accompagnait de rites orgiaques. Auparavant, les Romains célébraient en juin les Matralia qui voyaient notamment les matrones choyer dans leurs bras la progéniture de leurs sœurs. 

Proverbes et citations

Le christianisme balaie ensuite ces coutumes en les transformant en célébration de l’«Eglise Mère». L’idée d’une fête des mères ressurgit en Angleterre à la fin du Moyen Age, voire au XVIIe siècle selon les sources. Un Mothering Sunday (Dimanche maternel) permettait aux mères employées comme domestiques de passer un dimanche de printemps dans leur famille. Un cake spécial était confectionné pour l’occasion. L’amour maternel inspire maints proverbes et mots d’auteur. Un proverbe juif assure que «Dieu ne pouvant être partout, il a créé la mère». Pour l’écrivain Honoré de Balzac, «le cœur d’une mère est un abîme au fond duquel se trouve toujours un pardon». 

Joyeuse Fête des Mères 

Voici ce que Dieu a dit quand il a créé la femme:

Quand j’ai fait la femme, elle devait être spéciale.

J’ai fait ses épaules assez fortes pour porter le poids du monde;
et assez douces pour être confortables.

Je lui ai donné la force pour lui permettre de continuer quand
tout le monde abandonne.

Celle de prendre soin de sa famille en dépit de la maladie
et de la fatigue.

Je lui ai donné la force de donner la vie, celle d’accepter le rejet
qui vient souvent des enfants. Je lui ai donné la sensibilité
pour aimer ses enfants d’un amour inconditionnel,
même quand ces derniers l’ont blessée durement.

La beauté d’une femme n’est pas dans les vêtements qu’elle porte,
ni dans son visage, ou dans la façon de se coiffer les cheveux.

La beauté d’une femme réside dans ses yeux.

 C’est la porte d’entrée de son cœur, la place où l’amour réside. 

Souvent, c’est par ses larmes que tu vois passer son cœur.

Également, je lui ai donné des larmes à verser,
quand elle ressent le besoin.

Finalement, je lui ai donné la force de supporter son mari dans
ses défauts et de demeurer à ses côtés sans faiblir.

 Aujourd’hui, c’est votre journée et laissez-vous gâter
par tous ceux qui vous entourent. 

 

 

Bonne fête Maman 

Brassées de fleurs, bouquets colorés et odorants, fleurant bon votre bel amour,
On vous les offre humblement, amour d’un jour, amour d’une mère pour toujours,
Naissance donnée un jour, naissance qui a fait de vous notre mère, notre maman,
Naissance bénie qui a fait que nous, vos enfants, nous vous fêtions une fois l’an,
En regrettant que cette fête ne se célèbre dans l’année, une seule fois seulement. 

Fête de celle qui nous a donné le jour, souvenir qui a une saveur douce-amère,
En pensant à ce jour magnifique pour nous, à ce jour qui a fait de vous notre mère.
Taisons le souvenir douloureux de l’enfantement et gardons la joie d’être votre enfant,
Espoir éternel que malgré l’âge, l’amour, ce beau sentiment sera toujours grandissant. 

Maman, nous te disons merci pour nous avoir consolé quand nous étions en pleurs,
Aujourd’hui, tu es comme la rose, tu es la reine de nos jours, tu es la reine des fleurs,
Merveilleuse mère veilleuse de notre sécurité, de notre bien-être et de notre belle vie,
Assoiffés nous sommes et nous buvons à ta fontaine de l’amour, cette eau-de-vie,
Ne sois jamais tarie, et jamais les fleurs de ta passion et de ton amour seront fanées. 

Mickey Werlen 

LA FÊTE DES MERES 

            Beaucoup de personnes prennent leur nombril pour le centre du monde alors que si elles avaient un brin d’intelligence, elles sauraient que le centre du monde, c’est leur mère, leur maman. Des mamans, il en existe plusieurs, des mamans de jour, des mères nourricières, des mères supérieures. La seule qui est importante, c’est celle qui t’a donné la vie, c’est celle qui a souffert en te portant dans son sein, c’est celle qui t’a donné le sein dans les premiers temps de ta vie. 

            Ta maman, combien de fois s’est-elle réveillée lorsque tu faisais un cauchemar et que tu étais agité dans ton lit? Combien de fois t’a-t-elle bercé quand le marchand de sable tardait à venir? Combien de fois t’a-t-elle veillé quand la maladie cherchait à te faire souffrir? Combien de fois t’a-t-elle consolé quand tu avais de la peine et que la tristesse t’avait gagné? Ne cherches pas à compter, tu n’aurais pas assez de temps devant toi pour le faire. 

            La seule chose que tu peux lui dire en ce jour de fête des mères, c’est «MERCI». Un grand merci pour tout ce qu’elle t’a apporté et qu’elle t’a donné gratuitement, uniquement par amour pour ta petite personne. 

 

Bien aimées et bénies, soyez-le aujourd’hui et à jamais,
On ne devrait pas seulement vous le dire au mois de mai,
Non seulement vous le déclamer uniquement en ce jour,
Nous devons le penser et le dire tous les jours que Dieu fait,
Et ce en étant sincères et en vous montrant notre amour. 
                   

Fêter les mamans, on devrait le faire toute l’année,
Etre soi-même, bon avec elles, de manière spontanée,
Toujours l’aimer du même amour et ce pour longtemps,
Et non seulement un unique  jour par année, au printemps.
 
Merci pour ton éternel et inaltérable filial amour,
Aimons celle qui nous a donne la vie pour toujours,
Merci de nous avoir apporté toute ton affection,
Aimons celle qui pour nous a laissé toutes ses passions,
Ne lui faisons plus jamais ni peine ni affliction. 

Mickey Werlen 

 

Bonne fête Maman 

Beaux bouquets printaniers qui fleurent de leurs effluves, seulement pour toi, l’élue de notre cœur,
Oiseaux chantant et gazouillant dans les futaies, renouveau de la nature, c’est un vrai bonheur,
Narcisses pointant leurs pétales vers le ciel, pour nous rappeler la neige immaculée la blancheur,
Nuances colorées qui nous euphorisent, parfums qui rappellent en nous, de ton corps, la senteur,
Emotion sans cesse renouvelée, en regardant la rose, qui pour toi notre reine, est la reine des fleurs. 

Fleuri soit non seulement ce jour, fleuries soient toutes les belles journées qui vont orner ton futur,
Elégies déclamées pour notre muse, pour notre égérie, vers colorés tels ces bouquets multicolores,
Trilles fredonnés maintes fois pour que ta vie ne soit pas triste, et que tes jours aient l’éclat de l’or,
Et qu’ainsi, pour l’âme et le cœur, ce soit l’éternel printemps, malgré le poids des ans sur ton corps. 

Maman, en te fêtant, nous voulons te remercier pour cette chose donnée sans prix, ton bel amour,
Amour dont nous n’avons jamais assez apprécié la vraie valeur, ton amour donné jour après jour,
Mère veilleuse, bien que nous ayons grandi, l’enfance est loin derrière, nous restons tes chérubins,
Assoiffés de ton amour, nous le sommes de plus en plus, en connaissant sa vraie valeur, enfin…
Nulle autre personne, même bien intentionnée, ne pourra te remplacer, ni aujourd’hui, ni demain. 

Mickey Werlen 

 

 

LA FÊTE DES MERS 

 

Oyez braves gens, aujourd’hui c’est la fête des mers; non seulement celle des sept mers, mais celle de toutes les mers du monde et pour une fois par année, foutez-leur la paix et respectez les plus que tout. Si elle est d’huile grâce à une embellie, laissez-la tranquille car elle se repose et il ne faut pas l’agiter. Il y a les mers d’ici et d’ailleurs; il y a la mer qui danse le long des golfes clairs, une autre qui est dégueulasse parce que les poissons baisent dedans, il y a aussi celle qui est toute aussi musicale que les autres, dite de Debussy; bonne fête donc à vous trois. 

Bonne fête aussi à vous mers de toutes les couleurs, mer Noire, mer Blanche, mer Jaune et mer Rouge, qui êtes toutes plus bleues les unes que les autres. Bonne fête aussi à toi pauvre mer qui fait la Manche. 

Bonne fête à toi aussi Mer, ville qui nourrit ses poissons dans le Loir et Cher et qui comme algues a des pâturages et vit en cale sèche assez loin de l’océan. 

En procession, les anguilles viennent t’honorer et te fêter, toi la mer des Sargasses, toi la seule mer qui n’est bordée d’aucune terre. 

Bonne fête aussi à vous les mers du Sud, la mer du Nord, la mer de brouillard, la mer de sable ou de glace, mer vivante ou mer Morte, mer des Antilles où toutes les filles sont gentilles, comme dans la mer Ligurienne. 

Des mers il y en a partout, des grandes, des petites, des chaudes, des froides, avec de drôles de noms. Il y a des mers célèbres comme la mer de Célèbes ou la Méditerranée, d’autres pleines de mollusques comme la mer des Moluques ou la mer de Corail. Il y a même la mer de Java où on ne parle pas le même javanais qu’à Paname. 

D’autres mers portent des noms de pays proches ou lointains, pays exotiques ou moins chauds, pays qui nous font rêver; il y a la mer de Crète, la mer d’Oman, la mer d’Argentine, la mer du Grœnland, la mer de Chine orientale et sa sœur la méridionale, de même que la mer du Japon, la mer d’Irlande ou celle du Labrador, de Sibérie orientale, de Norvège ou celle des Philippines. 

Bonne fête aussi aux mers qui nous rappellent des hommes célèbres tels Amundsen, Beaufort, Bellingshausen, Barents, Bering, Bismarck, Laptev, Okhotsk, Ross, Tasman et Weddel. 

Il y a des mers casse-pieds comme la mer Caspienne et d’autres pleines de petites bêtes qui grattent telle la mer Adriatique ou plus au nord la mer Baltique. 

Certaines mers ont des noms à coucher dehors et on doit les fêter comme les autres; ce sont la mer de Bohol, la mer de Céram, la mer d’Arafura, la mer d’Azov, la mer de Banda, la mer d’Iroise, la mer de Kara, la mer de la Scotia, la mer de Sulu, la mer de la Mande, la mer de Marmara, la mer de Mindanao, la mer de Flores, la mer de Timor, la mer des Tchouktches, la mer d’Aral et celle d’Andaman, sans oublier les trois dernières, la mer Tyrrhénienne, la mer Ionienne et la mer Egée. 

Vous tous marins, pêcheurs, riverains d’ici et d’ailleurs, fêtez ces mers comme il se doit, ne les polluez plus, ne les surexploitez plus, laissez-les vivre, aimez-les et chérissez-les, aidez-les à rester pures et cristallines, souvenez-vous que ces mers sont irremplaçables. 

De toutes ces mers, il y en a une que tu dois aimer plus que tout au monde, celle d’où tu viens; celle qui même si elle n’a pas débordé et déferlé sur les côtes a débordé d’amour et d’affection pour toi et qui t’a été nourricière, celle qui t’a toujours aidé et qui n’a jamais cherché à te couler. 

Même si quelquefois elle a été agitée, c’était pour ton bien et souvent elle en a pleuré. Cette mer de tendresse et cette source de vie qui a voulu te donner un océan de joie et de bonheur, respecte-la et honore-la de toute ton âme et de tout ton cœur, car c’est ta Mère et on l’appelle Maman; la plus belle chose que tu as à lui dire, c’est «Merci pour tout et je t’aimerai jusqu’à la nuit des temps.» 

Mickey Werlen 

 

A toutes les Mères de la Terre 

Si toutes les mamans de la Terre entière, 
Voudraient faire un écran de leur corps, 
Peut-être, voire sûrement, n’y aurait-il plus de guerre, 
Et de ce fait d’inutiles et stupides morts.

Qu’ils soient les bourreaux ou les assassins,
Qu’ils soient les martyrs ou les chérubins, 
Chacun de ces êtres ont ou ont eu une mère, 
Pour qui leurs défaites pour elles est amère. 

Femmes, c’est vers vous que tout le monde se tourne, 
Femmes, c’est par vous qu’il y aura un avenir meilleur, 
Mamans, que chacune de vous de la guerre se détourne, 
Et apprennent à vos enfants que les conflits sont des leurres. 

Femmes du monde entier, faites à l’inverse de la nature, 
Tout en aimant vos hommes ou vos amants, refusez de procréer, 
Non par haine, mais par amour pour cette progéniture, 
Car c’est dans l’amour et non dans la haine que l’on doit créer. 

Mères du monde entier, faites votre pacifique révolution, 
Cachez toutes les armes et tournez le dos aux gouvernements, 
Apprenez à vos enfants que l’amitié et l’amour sont de belles passions, 
Ainsi, les chefs de guerre et les présidents seront fiers de vous appeler

«Maman.» 

Mickey Werlen 

 

La guerre des Mères 

Maman de la Terre entière et de l’univers, 
Faites la guerre à ceux qui font durer la guerre, 
Car ce sont vos fils qu’ils emmènent à l’abattoir, 
Afin que plus tard l’on puisse dire qu’ils avaient écrit l’Histoire. 

Vous direz que pour cela vous n’êtes pas armées, 
Mais vous avez les plus belles armes, nos aimées, 
Vos armes sont la patience, la pitié et l’amour, 
L’amour étant l’arme la plus efficace de toujours. 

Qu’a-t-il de plus magnifique que de vivre dans la liesse, 
De chanter l’amour et l’amitié, de nager dans l’allégresse, 
Plutôt que d’être dans la haine, la crainte et la scission, 
Plutôt que de vivre la ruine, la mort et la désolation. 

Mamans, vous qui avez mis au monde dans la douleur, 
Montrez à votre progéniture que la guerre c’est le malheur, 
Apprenez à vos enfants a vivre dans la joie et dans le bonheur, 
Et s’ils ont retenu vos leçons, ils vous remercieront à toutes heures. 

Mickey Werlen

 

Le plus beau des fards 

Qu’est-ce qu’il y a de plus magnifique dans la vie, 
Que d’admirer ces jeunes femmes qui font envie, 
Lorsque au printemps de leur vie elles voient leurs formes s’arrondir, 
Car elles offrent à la nature, en ce moment une partie de leur vie. 

Petit être qui sortira sous peu du sein de sa mère, 
Enfant qui découvrira que la vie peut être amère, 
Nourrisson tétant, trop vite devenu adolescent, 
Immaculé au départ, mais plus maintenant innocent. 

Enfant tu étais, enfant, pour ta mère tu le resteras toujours, 
Regarde le visage, le faciès de celle qui t’a donné le jour, 
Souviens-toi qu’à chaque heure elle t’a offert son amour, 
Cet amour qui creuse sa face, qui chaque jour la laboure. 

Chaque ride que ta maman porte sur son portrait, 
Chaque sillon qui sur son minois trace un profond trait, 
C’est la joie de t’avoir eu, c’est un souci occasionné, 
Ce sont des déboires ou des victoires depuis que tu es né. 

Souviens-toi de ces rides, souviens-toi de ces vagues, 
Souviens-toi de ta mère, avant que la vieillesse ne l’élague, 
Souviens-toi chaque jour de ta maman, avant le grand départ, 
Souviens-toi des rides de ta mère, qui sont le plus beau des fards. 

Mickey Werlen




Les Saisons de la Vie

5052007

Printemps de la vie

Amour de la vie

Amis, regardez aujourd’hui la fleur s’épanouir,
Le long hiver, arrivé à sa fin, vient de mourir,
C’est maintenant que la nature commence à revivre,
Et qu’ainsi à l’été ou à l’automne vous referez vos vivres. 

Amis, écoutez aujourd’hui gazouiller les oiseaux,
Faites comme eux et sortez devant eux vos beaux oripeaux,
Dans le prochain hiver, vous récolterez les fruits de vos belles amours,
Comme la nature, les oiseaux et les animaux l’ont faits depuis toujours.

Saluez le soleil et son amie la lune,
Qui sans jamais se rencontrer n’ont d’animosité aucune,
Il nous réchauffe le corps et l’âme durant les beaux jours,
Elle, dans les nuits blanches, nous accompagne toujours. 

Bonjour soleil, tu es et tu seras à jamais mon ami,
Bonsoir la lune, sans les nuages, tu éclaireras toutes mes nuits,
Bonjour dame nature, avec toi je vivrais jusqu’à la nuit des temps,
Bonjour la vie, avec eux tous, pour moi ce sera l’éternel printemps. 

M. W.

Naissance

Après avoir nagé dans le sein de ta mère,
Tu as, après neuf mois fait le grand saut,
Tu étais bien, à l’abri de la froidure de l’hiver,
Tu étais bien tranquille, tu étais au chaud. 

Maintenant pour toi une belle vie commence,
Aujourd’hui, c’est le beau jour de ta naissance,
Pour toi, c’est le printemps d’une très longue vie,
Vie qui se terminera un soir d’hiver, contre toute envie.

C’est le printemps, et tel une pousse qui sort de terre,
Tu es là, content et heureux, sorti du ventre de ta mère,
Tu es émerveillé et éblouis par la lumière du soleil,
Car aujourd’hui, pour toi le ciel s’est habillé de vermeil. 

Autour de toi tout le monde s’affaire et veut te toucher,
Tu appartiens à tout le monde, tu ne peux rester couché,
Tu es fatigué par cette dure épreuve qu’est l’enfantement,
Tu es fatigué mais tu es heureux de vivre ce beau moment.

Tu viens de naître et pourtant tu as déjà soif d’être,
Ta mère l’a compris et te donne son sein gonflé de vie,
Tu tètes goulûment, ce doux breuvage, cette eau-de-vie,
Maintenant le sommeil te gagne, dors bien petit être… 

M. W.

Premières visions

Je suis couché dans mon berceau douillet,
Je regarde autour de moi ce qui se passe,
Mon œil se pose sur le coin de l’oreiller,
Il y a une chose, un jouet, c’est cocasse… 

Une voix, je la reconnais, c’est maman,
Une autre que je n’ai jamais entendue,
Je l’écoute, je cherche et regarde, gaiement,
C’est une figure que je n’ai jamais vue…

De longs bras amis se tendent vers moi,
J’essaye en vain d’en attraper les doigts,
Ces doigts sur moi courent et me chatouillent,
Cela me fait rire, j’adore ces petites papouilles… 

Une grande personne me prend sur elle,
Je ne reconnais pas son parfum, son odeur
Pourtant sa voix est douce comme le miel,
J’ai peur, mes yeux se mouillent, je pleure…

Je change de mains, j’en reconnais la senteur,
Appuyé contre son cœur je me sens en sécurité,
Les battements, je les connais, je n’ai plus peur,
Ce cœur qui m’a donné la vie est plein de bonté… 

Appuyé contre ce sein j’en écoute les battements,
Cette musique est douce, c’est une vraie berceuse,
Je ferme les yeux, je suis déjà dans le firmament,
Flottant léger comme l’air parmi les nébuleuses… 

M. W.

Baptême

C’est dimanche et je veux faire la grasse matinée,
Aujourd’hui je veux laisser mes parents sommeiller,
Les laisser dans les doux bras d’un certain Morphée,
Morphée qui se trouve paraît-il sous chaque oreiller…

Hélas pour moi, trois fois hélas, mille fois hélas,
Mes parents sont déjà debout, ils sont excités,
Ils s’activent à l’heure où d’autres se prélassent,
A l’heure où tout le monde dort encore dans la cité…

Ils ne parlent que de repas, de gens et de boissons,
A l’heure où d’autres ne pensent qu’à bien s’aimer,
Ils parlent alors qu’au dehors gazouille le pinson,
Et que la nouvelle reine des abeilles vient d’essaimer…

Mes parents m’affublent d’une belle robe blanche,
Avec cet habit je ne ressemble à rien, sinon à un ange,
Pas de poussette, maman me porte contre sa hanche,
Aujourd’hui ensemble, formons un drôle de mélange…

Dans cette très grande bâtisse qu’on nomme l’église,
Dans les bras d’une belle femme qu’on appelle marraine,
Je fais une entrée fracassante et humide dans l’Eglise,
A côté de papa qui regarde maman telle une jolie reine…

Pendant que le prêtre me mouille la tête en chuchotant,
Un ami de la famille s’évertue de nous prendre en photo,
Moi pleurant, je mouille ma couche-culotte en pissotant,
Le service est terriblement long, ne rentre-t-on pas bientôt…

C’est fini, les amis de la famille en ont tous les yeux mouillés,
Les autres en ont seulement les yeux, mais moi aussi le cul,
S’ils me laissent comme ça, je serais complètement rouillé,
Séchez-moi au plus vite! sinon je n’aurais que trop peu vécu…

M. W.

Repas de baptême 

Que de monde à cette fête que tout le monde veut belle,
Pendant qu’ils mangent, ils me fichent une paix royale,
A part que quelquefois, palabrent quelques demoiselles,
Ils me laissent enfin dormir, quel délice, quel grand régal…

Le curé fait un discours, tout le monde écoute, religieusement,
Le grand-père un peu gai veut chanter, il attendra patiemment,
La grand-mère commence une histoire, elle s’arrête, heureusement,
Ma marraine et mon parrain me regardent eux, amoureusement…

Pendant que les invités mangent goulûment et se repaissent,
Moi dans mon petit coin je dors du sommeil du juste, donc je mange,
Des histoires de famille , je m’en contrefiche, je m’en tape les fesses,
Qu’elles soient triste ou belles, elles n’auront jamais le goût de l’orange…

On me réveille, on me triture, tout le monde veut me toucher,
Je suis triste de voir ces adultes qui ne sont que de gros bébés,
Qui  ne demandent que de par un plus petit de se faire moucher,
Se faire tirer les cheveux, pincer, ou uniquement se faire toucher…

Je vous dis merci pour ces beaux cadeaux qui ne servent à rien,
L’imagination n’a pas de frontière, moi qui voulait un beau jouet,
Toi qui m’as offert une cuillère en argent, uniquement pour mon bien,
En pensant que comme la laine, je suivrais la gorge du vieux rouet…

Merci croyants et mécréants pour cette fête qui fut belle pour vous,
Merci pour vous, moi qui était si bien à dormir dans mon berceau,
Merci, car de cette fête je n’en ai eu que des souvenirs très flous,
Merci, car dans cette journée, c’était encore moi le plus grand sot…

M. W.

Quatre pattes

Qu’y a-t-il de plus beau que d’admirer le monde en étant assis,
Mes jambes sont trop faibles, qu’importe, le dos est bien solide,
Je vois de belles jambes interminables mon Dieu, je suis timide,
Je vois ces jambes d’entre lesquelles au monde ma mère m’a mis…

Je suis grand maintenant car maman m’a mis en cage,
Elle avait peur qu’avec ma joie de vivre tout je saccage,
Elle voulait me garder uniquement pour elle tel un animal rare,
Elle voulait me garder pour elle seule, mais c’était déjà trop tard…

J’avais vécu neuf mois dans son ventre, neuf grands mois de prison,
Neuf interminables mois dans une cage douce et dorée, neuf mois c’est long,
Maintenant que je suis libre je peux aller en chantant vers l’aventure,
Maintenant que je suis libre, devant moi ne se trouvera plus de fermeture…

Je rampe gentiment et je cogne ma tête contre deux grands pieds,
Je m’agrippe contre les jambes, ce sont celles de mon grand-père,
L’odeur du tabac mélangée à celle du fromage, ce n’est pas le pied,
Je préfère autant les senteurs de rose et de lavande de ma grand-mère

Là il se trouve une truffe noire, devant un long museau poilu,
Museau surmonté de deux grands yeux tristes et larmoyants,
Yeux suivis d’oreilles et d’un petit corps en peluche trapu et velu,,
C’est mon nounours, il ne crie pas et il n’est pas du tout méchant…

Un cri me fait tourner la tête, il paraît que c’est un miaulement,
Une queue tigrée bouge et m’invite à l’attraper et à jouer avec elle,
Je la prend mais de l’autre côté de il y a une patte qui me harcèle,
Le chat est comme moi, il a peur, heureusement qu’il y a maman…

M. W.

Deux pattes

Après maints essais infructueux, un jour j’ai réussi,
Maintenant je que suis debout, je ne reste plus assis,
Je vois le monde autrement, car maintenant je suis debout,
De ma chambre, depuis aujourd’hui je vois les deux bouts…

Ce matin papa se tenait accroupi dans un coin de la pièce,
Maman dans l’autre coin me tenait et me parlait doucement,
Papa m’appelait, c’était une voix qui n’était pas une détresse,
C’était une voix qui me disait tendrement « lâche maman»…

Pour la première fois de ma vie on m’invitait à danser,
Un pas en arrière, deux en avant, trois en arrière…
Pour la première fois sur mes pieds on me faisait balancer,
Un pas en arrière, deux en avant et patatras! sur le derrière…

Bien que n’ayant bu que du lait, j’étais ivre de cette position,
Tout tournait autour de moi, j’allais à gauche, puis à droite,
Je marchais, je riais, j’allais enfin faire cette première jonction,
Hélas, une mouche agressive stoppa net ma démarche maladroite…

Le deuxième essai, était presque réussi, le troisième, quelle orage,
Papa était fâché, maman le consolait avec des paroles tendres,
A la dernière tentative j’avais mis tout mon cœur et mon courage,
Je savais qu’après, si je réussissais, je pourrais enfin m’étendre…

J’avais repris mon souffle, et hardi petit! j’étais reparti,
Après trois pas, j’avais titubé et je m’étais rattrapé,
Après six pas, je m’étais arrêté à nouveau, j’étais anéanti,
Après neuf pas, j’étais dans les bras de papa, j’étais trempé…

M. W.

Premiers jeux

Il est doux, il est tendre, c’est mon ami,
Je lui parle, il est aussi gentil que Mamy ,
Il me laisse gagner quand on fait la course,
Je suis plus grand que lui, c’est Nounours…

Ça roule vite et je ne peux pas l’attraper,
Papa me la lance fort et je veux la taper,
Je cours vite et je tombe, ça fait très mal,
Je suis encore trop petit pour jouer à la balle…

J’ai aussi une grosse image toute en morceaux,
Maman me la démonte et je dois la refaire,
J’essaye, je n’arrive pas, je suis un petit sot,
Pourquoi la casser, puisqu’elle était entière…

Avec le gros camion rouge des pompiers,
Je cours et je fais beaucoup de tapage,
Papa hurle que je suis un casse-pieds,
Il faut que j’arrête ce remue-ménage…

Je joue aussi avec mes cubes de couleur,
Je les empile les uns sur les autres,
C’est beau, je suis content, quel bonheur,
La tour s’écroule, il faut en refaire une autre…

J’ai beaucoup trop joué et je suis fatigué,
Je serre fort Nounours tout contre moi,
J’ai sommeil et mes jouets sont relégués,
On s’endort calmement sans un émoi…

M. W.

Découvertes

C’est le printemps tout est gai tout est beau,
Je me promène dans l’herbe, il fait déjà chaud,
Les fleurs sont belles, j’en cueille un bouquet,
Il est joli, il a du blanc, du rouge, il est coquet.

Une fleur vient de s’envoler vers une autre fleur,
Je veux l’attraper mais une autre fleur s’envole,
Je n’arrive pas à les prendre et je suis en pleurs,
Jolis petits papillons, drôles de fleurs frivoles.

Une grosse mouche grise se pose sur ma main,
Je la regarde intéressé, mais elle me pique,
Méchante mouche, ce mal, c’est inhumain,
Je ne vous aime plus, taons et moustiques

Une jolie petite bête fait des grands sauts,
Je reste tranquille et je la vois de haut,
Les longues pattes de cette sauterelles
Sont comme les jambes d’une demoiselles.

J’entends un bruit qui vient de la terre,
Je cherche dans l’herbe, je ne vois rien,
Juste un trou et un grand ver de terre,
Le bruit s’est tu, je n’entends plus rien.

J’ai faim, je ramasse mon petit bouquet,
Je rentre en courant vers ma maison,
En faisant fuir les grillons et les criquets,
Le printemps, quelle magnifique saison.

M. W.

Mon chat

Après Nounours, c’est mon deuxième compagnon de jeu,
Il me suit partout et il me donne des coups de pattes,
Je lui tire les moustaches ou la queue, il a de doux yeux,
Il ne me mord jamais, il ne me griffe pas, il m’épate.

Je lui balance un bouchon au bout d’une ficelle,
Il essaye de l’attraper en faisant de grands sauts,
Je lui lance une petite balle, il casse de la vaisselle,
On a très peur, on va se faire gronder, qu’on est sot.

Je le triture beaucoup, c’est mon souffre-douleur,
Je l’excite et quand il en a marre il va sur l’armoire,
Je veux monter vers lui, c’est trop haut, quel malheur,
Il va redescendre, il se repose, je l’attends avec espoir.

Grand-maman a abandonné son tricot sur la table,
Mistigri a tout de suite trouvé la pelote de laine,
La boule roule entre les chaises, ce minet quel diable,
L’emmêlement est complet… quelle mauvaise graine.

Comme tout bon chat respectable, il chasse les souris,
Il est tellement sympathique qu’il ne les tue pas,
Il les amène à la cuisine et il joue avec, pauvres souris,
Qui c’est qui va les débarrasser? C’est toujours papa.

Quelquefois il grimpe aux arbres pour dénicher les oiseaux,
Mais heureusement pour eux, il y a Mamy qui surveille,
Elle le laisse s’approcher doucement du nid des moineaux ,
Puis elle le fait fuir en lui lançant une boîte, quelle merveille.

M. W.

Mon chien

Pour garder la ferme, mes parents ont acheté un chien,
Il est gros et pataud, c’est un bâtard, il n’a pas de race,
Il n’est pas attaché, il est partout, il surveille nos biens,
Il est noir et feu, il est beau et il a beaucoup de classe.

C’est mon chien et mes parents disent que c’est une femelle,
Tant pis si ce n’est pas un monsieur, je ne sais pas la différence,
C’est mon chien, je l’aime beaucoup, c’est une belle demoiselle,
Madame ou monsieur chien, qu’importe elle met de l’ambiance.

Au début, mon chat avait peur car elle est plus grosse que lui,
Maintenant ils ne se quittent plus, ils sont devenus bons amis,
Quand il fait froid, Mistigri va dormir dans la grande niche,
Les humains devraient les copier, car cette amitié est très riche.

Un soir elle a dormi à l’écurie parce qu’elle avait mal au ventre,
Papa était resté longtemps près d’elle, j’avais envie de pleurer,
En revenant à la maison, il tenait une boule contre son ventre,
C’était un chiot, il y en avait huit et il avait hâte tous les montrer.

Dans la caisse, il y avait de la paille et une vieille couverture,
Je voulais toucher ces petites bêtes mais il fallait les laisser,
Je comprends pourquoi elle était grosse, c’est beau la nature
C’est beau de voir maman chien porter ses petits sans les blesser.

On voudrait les garder, tellement ils sont beaux ces nouveau-nés,
Maintenant je peux jouer avec eux tous, ils me mordillent,
J’ai huit nouveaux amis, pas pour longtemps, il faudra les donner,
Bientôt elle en refera d’autres, et ils auront une nouvelle famille.

M. W.

Les animaux de la ferme

A la ferme on héberge beaucoup d’animaux,
On a des vaches, des cochons et même des chevaux,
Les vaches pâturent les prés durant la belle saison,
Durant l’hiver, elles restent tranquille à la maison.

Les cochons ont un enclos bien à eux, derrière la ferme,
Ils sont tout roses et bien propres, ils se dorent au soleil,
Les deux chevaux attelés attendent devant la ferme,
Qu’ils sont superbes avec leur crinière couleur de miel.

On élève aussi quelques chèvres et quelques moutons,
Avec le lait des chèvres, on fabrique des petits fromages,
Avec la laine des moutons, maman tricote des vestons,
Durant l’été ils vont tous à la montagne en estivage.

J’aime par-dessus tout les lapins et les petits poussins,
Je caresse ces boules jaunes et je les tient tendrement,
Je nourris ces peluches vivantes et j’en fais des dessins,
Hélas, ces petits animaux grandissent vite, malheureusement.

Dans la basse-cour, il y a deux rois, le coq et le dindon,
Ils veillent jalousement sur les poules, les dindes et les poulets,
Le Jars est en compagnie de ses oies, ces grosses dondons,
Dans la petite mare les canards nagent et font un joli ballet.

Derrière la maison, au fond du verger il y a des ruches,
Je ne dois pas m’approcher, car elles piquent les abeilles,
Je ne leur en veut guère car j’aime les tartines au miel,
Coupées dans le bon pain de campagne sorti de sa huche.

M. W.

Premier jour d’école

C’est la fin des grandes vacances, c’est la rentrée scolaire,
Aujourd’hui c’est la première fois que je suis loin de la maison,
Il paraît que je ne serai pas le seul, j’ai peur, je manque d’air,
Je ne veux pas aller à l’école, je résiste, je n’aurai pas raison.

Pour cette journée maman m’accompagne et me tient la main,
Devant le bâtiment d’autres enfants s’agrippent à leurs mères,
D’autres bambins qui comme moi voudraient la commencer demain,
Cette longue période d’apprentissage de la vie, d’études et de galère.

Une cloche tinte et l’institutrice nous invite tous à rentrer,
Je résiste bien, mais une tape sur le derrière à raison de moi,
On m’oblige à m’asseoir à côté d’une jolie et gentille petite fille,
Je me gêne un peu, je n’ai jamais côtoyé de fille, je suis en émoi.

La maîtresse n’est plus toute jeune, c’est une vieille grand-mère,
Je boude, je veux pas la regarder, elle me pose sa main sur ma tête,
Sa voix douce me met en confiance, je ne vois déjà plus ma mère,
Après une heure d’école, je suis aux anges et pour moi c’est la fête.

On reçoit une ardoise, une touche et des crayons de couleur,
Deux cahiers quadrillés et un petit livre plein d’images et de lettres,
Dans la boîte en bois, il y a une règle et une gomme, quelle faveur,
Je dois les ranger dans mon sac à dos, est-ce que je peux tout mettre?

La cloche tinte à nouveau, on est content, est-ce que c’est déjà la fin?
Non, c’est seulement le signal de la récréation, une pause bien méritée,
On sort notre petit casse-croûte, l’école ça creuse et on a tous faim,
Encore une petite heure de classe et on retrouvera notre maisonnée.

M. W.

Premiers devoirs

Dans notre classe, seulement deux filles savent écrire,
L’institutrice nous a donné un modèle à recopier,
Sur l’ardoise la touche crisse, ça me fait beaucoup rire,
Les voyelles sont difficile à faire, ce n’est pas le pied.

Je croyais avoir terminé, mais maman a tout effacé,
Je dois à nouveau les écrire car elles étaient mal faites,
Je m’applique, elles sont plus belles, j’en ai plus qu’assez,
Si c’est ça les devoirs, ce ne sera pas toujours la fête.

Après l’écriture, il me faut aussi apprendre à lire,
Avec l’aide de maman j’apprends mon alphabet,
J’essaye de retenir les lettres, je n’arrive pas à les dire,
C’est dur, j’essuie une larme, pourtant je ne suis pas bête.

Après un très long moment de cet harassant labeur,
Je suis fatigué mais enfin pour aujourd’hui c’est terminé,
J’ai l’estomac dans les talons, vite une tartine au beurre,
Juste récompense, juste salaire pour ce travail qui m’a miné.

Maintenant je suis libre d’aller m’amuser dans les champs,
De rester assis toute une journée, ça m’a fait mal au derrière,
Je vais à la chasse aux papillons, les oiseaux ont un doux chant,
Je vais jusqu’à la forêt et je bâtis une cabane dans la clairière.

Le soleil descend et il me faut rentrer rapidement à la maison,
Les oiseaux ne chantent plus, ils ont regagnés leurs nids,
Ce soir le renard est de sortie, je l’ai croisé quelle belle vision,
Je m’attarde au risque de me faire gronder, je rentre en catimini.

M. W.

La petite sœur

Maman qui était devenue grosse n’arrivait plus à se traîner,
J’entendais dire qu’un heureux événement allait arriver,
Je ne comprenais pas quand on me disait que je serais l’aîné,
Je ne savais pas ce qui se passait, il me fallait bien observer.

Quelquefois maman faisait une grimace et elle riait après,
Je lui demandais ce qu’elle avait et pourquoi elle avait mal,
Sa main posée sur le ventre elle disait que c’était bientôt prêt,
C’est pour cela qu’elle avait sorti des petits habits de la malle.

Maman était couchée et Mamy était venue à la ferme,
Elle était accompagnée d’une dame, c’était une sage-femme,
Papa m’avait emmené chez une voisine, maman était à terme,
Il me disait que l’enfantement était une histoire de femmes.

Le lendemain tout le monde était heureux, je n’existais plus,
On était revenu à la maison, il paraît que j’avais une petite sœur,
Maman était couchée, avec à son côté un petit bébé joufflu,
Je l’ai embrassée et elle m’a serré fortement contre son cœur.

Que c’est drôle une petite sœur, ça pleure beaucoup et ça dort,
Quand elle crie, maman s’approche d’elle pour lui donner le sein,
Le bébé tète goulûment, c’est beau, il deviendra grand et fort,
Maman ne s’occupe presque plus de moi, ma sœur à toujours faim,

J’aimerais jouer avec ma sœur mais elle est encore trop fluette,
J’aimerais aider maman à la changer, mais je suis très maladroit,
La seule chose que puisse faire, c’est de regarder cette fillette,
Ce petit être qui a pris ma place, moi qui était de la maison le roi.

M. W.

Sentiments

J’aime ma petite sœur, je la protège, je la berce,
Maintenant je peux la tenir quand je suis assis,
Pour lui donner à manger, il faut que je m’exerce,
J’aime beaucoup ma sœur quand tout me réussi.

Je déteste un peu ma petite sœur, elle ne me répond pas,
Maintenant qu’elle est là, je suis plus seul qu’avant,
Elle m’a pris ma maman, heureusement que j’ai papa,
Je déteste un peu ma petite sœur, mais je l’aime très souvent.

J’envie ma petite sœur, elle reçoit beaucoup de cadeaux,
Moi je n’en reçoit plus, comme un pou, je suis jaloux,
Je fais la tête, mes parents me disent que ce n’est pas beau,
J’envie ma sœur mais je ne suis pas le grand méchant loup.

Heureusement qu’à l’école j’ai beaucoup de bons amis,
La maîtresse ne fait jamais de différences entre nous,
Une jolie petite fille a fait de moi son petit bon ami,
Que c’est bon de se sentir aimé, et d’être le chouchou.

Je n’aime pas les grands car ils me bousculent,
Ils courent, ils crient et font beaucoup de bruit,
Ils me font très peur, me poussent et je bascule,
Ils m’envient, et me volent mon goûter et mon fruit.

Quand ma sœur sera plus grande et qu’elle saura marcher,
Je l’aimerai peut-être plus, ensemble on pourra se promener,
On grimpera aux arbres, on rira, on jouera à chat perché,
Maintenant elle vit dans les nuages, Morphée l’a emmenée.

M. W.

Questions

Avec les découvertes de la vie, mes sourcils se froncent,
Beaucoup de questions trottent et tournent dans ma tête,
Beaucoup de questions se posent, mais il y a peu de réponses,
Si une réponse est trouvée, ce n’est cependant pas une fête.

Pourquoi la Terre est ronde et que le monde est monde?
Pourquoi papa aime les brunes et que maman est blonde?
Pourquoi en fermant la main, l’eau coule entre les doigts?
Pourquoi si quelqu’un fait une bêtise c’est toujours moi?
Pourquoi les filles sont bien plus jolies que les garçons?
Pourquoi n’ai-je pas de dessert quand je ne fais pas mes leçons?
Pourquoi quand je marche lentement je vais moins vite?
Pourquoi quand je fais des bêtises tout le monde m’évite?
Pourquoi on meurt une fois, même si l’on n’est pas vieux?
Pourquoi même quand je travaille bien, je dois faire mieux?
Pourquoi, même s’il ne mange pas d’ail, grand-père c’est mon aïeul?
Pourquoi je ne suis pas une fille et pour parrain je suis son filleul ?
Pourquoi le galet après avoir beaucoup roulé est poli,?
Pourquoi le charretier qui a beaucoup roulé n’est pas poli?
Pourquoi on dit pierre qui roule n’amasse pas mousse?
Pourquoi quand on est content et joyeux, on se trémousse?
Pourquoi mon grand-père de la ferme a beaucoup de cheveux blancs?
Pourquoi on dit qu’il est fort comme le chêne mais que ce n’est pas un gland?
Pourquoi mon grand-père de la ville a une tête poilue comme un œuf?
Pourquoi j’ai mal aux pieds quand j’ai des souliers neufs?
Pourquoi mes grands-mères sont âgées et pleines de rides?
Pourquoi quand j’ai chaud je ne suis pas sec, mais humide?
Pourquoi on fête les mères et jamais les grands-pères?
Pourquoi ces questions? Oui pourquoi? Tout cela m’exaspère!

M. W.

Décembre

Avec décembre ce sont les frimas qui se relancent
Avec décembre, c’est le temps de l’Avent qui commence,
Décembre, c’est le mois des Fêtes, c’est le mois de Noël,
Décembre, les enfants sages se sentent pousser des ailes.

C’est le mois de saint Nicolas avec ses beaux cadeaux,
Père Fouettard est là aussi, avec des verges pour le bas du dos,
Il faut aussi songer à écrire une lettre au Père Noël,
On ne sait pas s’il habite au Pôle Nord ou bien au Ciel.

De ma plus belle écriture je luis écris mon message,
Il ne faut pas faire de fautes, cette année j’ai été sage,
Pour maman un beau foulard et pour papa une nouvelle pipe,
Moi je voudrais un vélo, ma sœur une poupée et ses nippes.

Mamy à la cuisine prépare des pâtisseries et des biscuits,
Elle pétrit la pâte, elle ouvre le four et regarde si c’est cuit,
Elle mélange les épices et le miel, elle découpe des bonshommes,
C’est pour notre plaisir qu’elle prépare sucreries et biscômes.

Papa est allé en forêt pour choisir le plus beau sapin,
Maman prépare guirlandes, boules et pommes de pin,
On le garnit en famille, beau sapin, arbre un jour roi,
Roi richement décoré pour l’avènement de l’Enfant-Roi.

C’est le réveillon de Noël, le sapin brille de mille feux,
On veille et on chante, c’est un régal pour les yeux,
Papa Noël n’est pas en avance, il a beaucoup de retard,
On mange un dernier biscuit, il faut aller dormir, il est tard.

M. W.

Cadeaux de Noël

Il fait encore nuit, toute la maisonnée sommeille,
Je marche sans faire de bruit jusqu’au sapin,
Je suis impatient de découvrir les merveilles,
Que vais-je découvrir comme cadeaux ce matin?

Les paquets sont entassés au pied de l’arbre,
Il y en a pour tous, il y en a des petits et des gros,
Je lis les noms, soudain je reste de marbre,
Le père Noël a tout apporté, sauf mon vélo

Je suis allé me recoucher et j’ai beaucoup pleuré,
Ma sœur dormait en suçant son petit pouce,
Je rageais, je rongeait mon frein, je me vengerai,
Cette vengeance aura une saveur aigre-douce.

Papa s’est levé et est allé soigner les animaux,
Maman prépare le petit déjeuner et nous appelle,
On l’embrasse, moi je boude et je ne dis pas un mot,
On ouvrira les cadeaux après avoir lavé la vaisselle.

Papa ouvre son cadeau, il y a une belle pipe,
Maman a reçu un foulard et une broche en or,
Ma petite sœur joue avec sa poupée et ses nippes,
Pour moi, c’est un livre et… une surprise au corridor.

Au fond de ce couloir sombre, je distingue quelque chose,
J’allume la lumière, et je vois une magnifique bicyclette,
Je saute de joie, je suis content, je ne suis plus morose,
Aujourd’hui il a neigé, pas de vélo, tant pis, on fait la fête…

M. W.

Pâques

Depuis quelques jours, maman ne vend plus les œufs,
Elle garde les gros et utilise les petits pour les pâtisseries,
On est au printemps, on chante, on rit et on est tout joyeux,
Profitant de la lumière du jour, Mamy brode une tapisserie.

C’est le printemps, dehors tout revis, c’est le temps de Pâques,
Trois marmites cuisent avec des épinards et des pelures d’oignons,
La chaleur mariée à la vapeur d’eau rendent les fenêtres opaques,
Tout le monde met la main à la pâte, ce sera une grande réunion.

Cinq gros bols de teinture attendent les œufs bouillants,
Après un bon bain de couleur, ils sont frottés avec du lard,
Ils sont beaux, après cette friction, ils sont tout brillants,
De teindre les œufs sans les casser, c’est du très grand art.

Papa veut être seul dans la remise pour faire boucherie,
Je suis triste car il va tuer des poulets et des gros lapins,
Samedi sera le jour de marché au bourg, le jour de braderie,
Après le Carême, les gens mettent sur la viande le grappin.

Enfin c’est le grand jour tant attendu, c’est dimanche,
Au-dehors les adultes cachent les friandises et les œufs,
Les oiseaux chantent à la vie et jouent dans les branches,
Tout est lumière et chaleur, c’est un plaisir pour les yeux.

On se goinfre, on mange sans avoir faim, on est gourmand,
Le mélange des friandises, commence à faire un drôle d’effet,
On est tout remué, c’est de la faute aux œufs en chocolat blanc,
On n’a pas voulu écouter les conseils des aînés, et c’est bien fait.

M. W.

Vacances en ville

J’aime à aller en vacances chez mon grand-père,
Chez lui, ce n’est pas la campagne, c’est la ville,
Dans la cité, la vie est plus facile, plus pépère,
Quoique les habitants d’ici la trouve plus difficile.

Mon grand-père me laisse aller jouer dans l’atelier,
Là je peux prendre le marteau et planter des clous,
Je peux scier et visser, chez lui tout m’est familier,
Le ciseau, le rabot et la chignole pour faire les trous.

Quelquefois je me fais mal en me tapant sur les doigts,
La douleur est très intense et je pleure à grosses larmes,
Grand-mère accourt avec les pansements, elle est en émoi,
Grand-père rit, et me dit «petit il te faut faire tes armes».

Si le temps est beau, nous allons nous promener vers le lac,
Ce grand miroir dans lequel on voit les arbres et les cimes,
Je marche au bord de l’eau, je très fais attention au ressac,
Je fais semblant de voler et tout ce que je vois, je le mime.

M. W.




5052007

Les Gens

Les gens m’ont dit, hochant la tête,
L’air supérieur et méprisant :
C’est fou ce que les gens sont bêtes !
Voilà ce que m’ont dit les gens. 

Sur les gens… 

Et quand la bonté nous inspire,
Qu’on voudrait leur être indulgent,
Les gens sont les premiers à dire,
Qu’ils ne sont pas intéressants. 

Les gens… 

On voudrait les aimer quand même,
Se pencher sur eux tendrement,
Mais ils n’aiment pas ceux qui les aiment,
Ils sont injustes envers les gens. 

Les gens… 

Et plus on avance dans la vie,
Plus on s’aperçoit que les gens,
Ne se font entre eux que des saloperies,
qu’ils sont méchants avec les gens. 

Les gens… 

Regardez-les dans la cohue,
Jouer des coudes pour passer avant,
Dans le métro ou dans la rue,
Ils ne se foutent pas mal des gens. 

Les gens… 

Et vas-y donc, c’est pas ton père !
Pan sur les pieds, toc dans les flancs !
Je crois que si on les laissait faire,
Ils monteraient sur le dos des gens ! 

Les gens… 

Dans le train même s’il y a de la place,
Quand vient un nouvel arrivant,
Les autres lui font la grimace,
Ils ne peuvent pas souffrir les gens. 

Les gens… 

Et le nouveau qui leur tient tête,
Ayant pris ses aises largement,
Colle ses deux pieds sur l’autre banquette,
Ils ne se laissent pas faire par les gens. 

Les gens… 

Parfois au guichet de la poste,
Ou tout endroit où l’on attend,
l’un rouspète et l’autre riposte,
ils ne sont jamais contents des gens. 

Les gens… 

Et quand l’un d’eux perd patience,
Les autres rigolent sournoisement,
Car ils ont toujours une tendance,
A s’foutre de la gueule des gens. 

Les gens… 

Ils recherchent de préférence,
Parmi les cafés-restaurants,
Ceux où la foule est la plus dense,
Ils aiment rencontrer les gens. 

Les gens… 

Et l’été, suçotant des glaces,
Ou des alcools rafraîchissants,
Ils aiment s’asseoir aux terrasses,
Pour regarder passer les gens. 

Les gens… 

Mais de l’un à l’autre en sourdine,
Ils n’ont que propos affligeants,
Sur le voisin ou la voisine,
C’est fou ce qu’ils disent du mal des gens. 

Les gens… 

Et tous se plaignent de la vie,
Sans se douter un seul instant,
Que ce sont eux qui sont la vie,
Ils ne sont pas intelligents. 

Les gens… 

Puisque étant eux-mêmes la vie,
Ils n’ont jamais compris vraiment,
Qu’elle serait bien plus jolie la vie,
S’ils étaient meilleurs pour les gens. 

Les gens… 




LE VIEIL ARBRE

4052007

INTRODUCTION 

            Pauvres petites choses que nous sommes, regardons autour de nous, observons cette belle nature que nous humains ne savons plus chérir. Retrouvons le langage de nos ancêtres qui eux savaient parler aux animaux et aux plantes. Parlons avec eux et si une fois l’animal ou l’arbre nous répond, peut-être aurons nous retrouvé une forme de sagesse oubliée depuis fort longtemps. 

            D’autres gens, qui bien que n’étant ni archéologues ni historiens arrivent à faire parler les pierres des vieilles maisons et des vieux édifices, qui eux aussi ont une histoire et une âme. Sachons donc nous aussi écouter ces vieilles bâtisses raconter l’histoire de la vie qui les animait. 

            Fort de ces paroles reçues par un sage homme, j’ai appris à regarder la nature et les pierres d’un autre œil et j’ai essayé de leur parler. Les débuts furent difficiles mais avec le temps j’ai compris que chaque chose ici bas a une âme et une histoire et que l’on peut, si on a de l’imagination converser avec elle. 

            Chacun de nous peut en regardant la forme d’un arbre voir ce qu’il a vécu et ce qu’il a enduré. En voyant l’arbre de la montagne qui doit chercher sa maigre nourriture entre les pierres et la terre maigre, cet arbre qui souffre mille martyrs avec les vents violents, la neige lourde et pesante qui tient longtemps, avec quelquefois l’avalanche qui ne s’arrête pas à temps, on comprend mieux sa vie et son utilité. 

LE VIEIL ARBRE 

             Me promenant sur un pâturage de montagne, à la fin de l’été, cherchant des champignons, respirant l’air pur de ces régions, écoutant les oiseaux chanter, savourant ces instants de bonheur, je vis au loin, au milieu du pacage un magnifique arbre solitaire. Il avait de l’allure et de la majesté, quelques vaches et quelques génisses somnolaient à son pied en profitant de son ombre. Plus je m’approchais de lui, plus il me semblait grand. Les vaches se sont levées et par curiosité sont venues vers moi, peut-être à la quête de sel ou de caresses; même une d’entre elle m’a léché la main de sa langue râpeuse. 

            Ce sapin était énorme, il devait avoir entre trois et quatre cents ans et malgré son grand âge il était en pleine santé et débordait de vigueur. Sous ses branches il n’y avait plus d’herbe car elle avait été piétinée par les bovins et les humains en quête de fraîcheur. Le long de son tronc il y avait des stigmates de blessures avec au-dessous des grosses boules de poix. Je me suis assis à son pied et la fatigue aidant, je me suis endormi d’un sommeil réparateur car je marchais depuis le matin. Dans cette sieste j’ai entendu une voix qui m’appelait, c’était le sapin sous lequel j’étais qui essayait de me parler; il m’invitait au dialogue, il voulait me raconter son histoire, sa vie. Sa voix était un doux murmure semblable au bruit que fait la brise matinale dans les branchages; ce jour là il m’a dit: 

            «Salut humain, toi qui aimes les belles histoires, je vais t’en raconter une, celle de ma longue vie». 

            Je suis né il y a fort longtemps, à l’époque où la forêt que tu vois au bas de la côte m’entourait; c’était il y a trois ou quatre siècles, je ne me souviens plus très bien. Tu vois, je me fais vieux, la mémoire me fait défaut et depuis un fameux coup de foudre il y a quelques années j’ai perdu une de mes têtes alors, ça ne s’est guère arrangé depuis. 

Avant ma naissance, j’étais comme toutes choses ici bas, une graine, une toute petite graine; elle avait été transportée par le vent, oubliée ou dédaignée par l’oiseau ou l’écureuil. Heureusement, sinon je ne serais pas ici pour te raconter ma vie. Donc disais-je cette graine a trouvé un terrain propice, avec du bon humus; elle a germé et je suis sorti de terre. Au début j’étais si petit que même l’herbe était plus grande que moi; tout ce qui m’entourait était gigantesque, le champignon que tu cueilles à mon pied était pour moi un géant. Après deux ou trois ans, vu que j’avais grandi cette même herbe me chatouillait les brindilles et elle ne me dépassait plus. 

            Tu ne le sais peut-être pas, nous les arbres nous sommes comme vous les hommes, nous avons des parents grands et forts, nous avons des frères et des sœurs, nous avons aussi des cousins qui sont de la même espèce mais pas de la même famille. Moi je suis un épicéa, appelé aussi sapin rouge à cause de la couleur de mon écorce; mon cousin, le sapin blanc n’est pas habillé comme moi et il n’a pas les mêmes aiguilles que moi. D’autres cousins ont des aiguilles plus longues, telles celles du pin, du mélèze ou de l’arolle. Un autre cousin a des aiguilles très foncées et des fruits rouges, c’est l’if. 

Chez nous comme chez vous les grands protègent les petits et, quand le soleil était si fort et qu’il aurait pu me brûler, les branches des aînés m’avaient fait de l’ombre et aussi quand les pluies torrentielles nous tombaient dessus, ce n’était que des gouttelettes qui m’arrosaient doucement. L’eau, source de vie, peut aussi devenir source d’ennuis pour nous; s’il y en a trop on meurt noyé, s’il n’y en a pas on meurt grillé par la sécheresse. La saison la plus pénible pour nous les arbres, c’est l’hiver; la neige qui nous pare est quelquefois très lourde et si l’on n’est pas assez fort, les branches cassent et nous devenons infirmes. Grâce aux grands arbres qui m’ont protégé des années durant, je ne suis pas mort noyé ou sec et mes petites branches d’alors n’ont pas été hachées menu. 

Je grandissais lentement mais sûrement, je devenais plus fort mais je ne voyais pas tous les dangers qui m’entouraient. Une fois, c’était un chevreuil qui en voulant me brouter avait failli me faire passer de vie à trépas; heureusement qu’un goupil amoureux avait marqué son territoire sur moi et que cette odeur désagréable avait coupé net la gourmandise de l’animal. Une autre fois, c’était le pied d’un promeneur un peu tête en l’air qui avait failli m’écraser; ce jour là, le Ciel était avec moi car un champignon avait attiré son attention et de ce fait dévier son pas. 

            Les années passaient et j’étais déjà plus grand et j’étais plus costaud; c’était à mon tour de protéger mes petits frères et mes amis. J’avais de l’ambition et je voulais devenir un beau meuble ou une charpente de maison de maître; alors je me nourrissais plus que les autres; je profitais de tout ce qui m’était donné. Un jour des hommes étaient venus, c’était en hiver, il y avait de la neige; ils étaient munis de scies et de haches. Ils nous ont regardé, ils nous ont triés et ils ont choisi. Des frères et des amis ont été coupés pour qu’on les garnisse de boules et de guirlandes, pour ensuite les illuminer avec des bougies. Moi aussi j’aurais voulu être comme eux, qu’on m’embellisse pour cette fête qu’on appelle Noël. Les hommes n’ont pas voulu de moi parce que j’étais beaucoup trop grand pour aller dans une maison ou dans l’église et j’étais trop petit pour garnir la place de l’hôtel de ville. Ils m’avaient surnommé «le Dominant»; donc, de ce fait, j’allais vivre beaucoup plus longtemps que les autres arbres de cette forêt. 

            Ce jour-là, j’avais pleuré à grosses gouttes de résines sur le sort qui avait été réservé aux miens et aux amis qui m’avaient quitté pour toujours. Pendant longtemps j’ai haï et détesté ces hommes armés d’outils tranchants; jusqu’au jour où j’ai appris qu’un de mes grands oncles leur avait donné les planches pour leur dernier costume; pour moi justice avait été faite. J’ai su ce jour là qu’un arbre est utile même après la vie d’un homme. 

En automne, mes amis les feuillus qui sont moins souples que nous les résineux, perdent leur parure qui s’était colorée en jaune ou en brun; c’est aussi la saison de la chasse et des champignons. Une année, un groupe de chasseurs qui fêtait l’ouverture de la chasse ou la mort de leur première victime s’était amusé à me tirer sur la cime. Pour mon malheur ou plutôt pour mon bonheur, c’est ce jour là que j’ai perdu le dessus de ma tête. C’est peu après que j’ai appris qu’il existait aussi un Dieu pour nous les arbres; je croyais mourir à cause des blessures infligées mais au
printemps, c’était un nouveau miracle. Mon chef coupé avait fait place à une couronne de quatre têtes toutes plus belles les unes que les autres. De ce souvenir de jeunesse, comme tu peux le constater aujourd’hui, il m’en reste encore trois. 

Bien plus tard je suis devenu adulte, j’ai fleuri et comme mes parents j’ai donné des fruits. Pour mon plus grand plaisir, les oiseaux et les écureuils se les disputaient; les hommes venaient aussi les récolter pour se chauffer et leurs femmes les garnissaient de fleurs des champs. Les gosses se les lançaient, pour s’amuser; les plus grands qui pouvaient jouer avec le feu en faisaient des petites torches. J’ai aussi donné le gîte et le couvert à de multiples générations de petites bêtes et d’insectes; de la fourmi au puceron, de la souris à la gerboise, du loir à la martre. Les sangliers venaient se gratter contre mon tronc rugueux et dormir à mon pied. Lors des grosses chutes de neige, le manteau blanc ne venait pas contre moi et c’était l’abri idéal pour les chevreuils. En devenant plus grand et plus robuste, j’ai dû faire comme les autres sapins avant moi, protéger les jeunes de l’ardeur du soleil, les abriter des pluies d’orage et de grêle et leur faire un couvert contre les vents violents, être comme un toit protecteur et garder sur moi cette neige pesante qui aurait pu les écraser et les faire mourir. 

            Les années passaient et ma cime commençait à dépasser la tête des autres grands arbres; j’avais maintenant plus de lumière et je voyais qu’au fur et à mesure des coupes de bois l’orée de la forêt s’approchait de moi. La surface des pâturages grandissait et les vaches n’étaient plus qu’à une quinzaine de mètres de moi; c’était drôle de vivre en forêt et d’entendre à mes côtés les tintements des sonnailles et les meuglements du bétail. Quelquefois des chèvres, en quête de plantes forestières ou par curiosité venaient jusqu’à moi. 

L’homme avait toujours besoin de plus d’espace pour faire pâturer son bétail, il lui fallait aussi du bois pour se chauffer et pour cuire sa nourriture, il lui fallait encore du bois pour construire et meubler son chalet. Il coupait les arbres de la lisière et plus il s’approchait de moi, plus j’appréhendais que ce soit bientôt mon tour. Plus le temps passait, plus mes amis disparaissaient; qu’étaient-ils devenus, meubles, charpentes, bois pour le feu? A chaque automne, je me disais que cela allait être à mon tour de passer de vie à trépas et que mon rêve d’enfance allait enfin se réaliser, je serais une table ou une armoire ou encore la poutre faîtière d’une jolie maison. 

            Je ne suis pas tombé sous les coups de la hache des bûcherons, aujourd’hui encore je me demande le pourquoi; étais-je trop grand, trop gros, trop moche ou vu que j’avais une couronne me prenaient-ils pour le roi de la forêt et qu’ils n’osaient pas me couper? Ma chère forêt me quittait, ce n’était pas moi qui l’abandonnais, c’était l’homme qui éloignait sa lisière de moi en me laissant seul au milieu de ce pâturage. Pourquoi? Je n’en sais encore fichtre rien! 

            Maintenant je vis seul, mes plus proches amis vivent à plus de cent mètres de moi, et lorsque je veux converser avec eux comme je le fais avec toi, il faut que j’attende que la brise du soir ou du matin leur apporte mes propos et il faut ensuite que le vent tourne pour que je puisse entendre leurs histoires, toutes aussi intéressantes que les miennes. L’attente peut durer plusieurs jours; c’est parfois long, mais pour nous les arbres, à l’inverse de vous les hommes, le temps ne compte pas. Cette solitude qui est pesante quelquefois a aussi du bon, les gens me regardent, ils s’intéressent à moi, ils cherchent à deviner mon âge, que je ne connais pas moi-même. Les enfants aiment à jouer autour de moi et à me caresser et si une classe d’école passe par ici, les petites filles font une ronde en chantant autour de mon tronc. 

            Il y a fort longtemps le gamin du berger qui aimait bricoler avait tiré deux chaînes sur une de mes basses branches et avait confectionné une balançoire pour ses petites sœurs. Il avait ensuite construit une cabane dans laquelle on pouvait y accéder uniquement par une échelle clouée contre mon tronc. Cette cabane existe toujours mais les planches sont pourries; plus d’enfants viennent y jouer car maintenant les gosses ne vivent plus les mêmes aventures qu’avant, le monde a soi-disant évolué. 

Ce petit garçon devait beaucoup m’aimer car vois-tu, j’étais son confident et il avait voulu me faire partager ses premières amours; regarde cette cicatrice, là juste au-dessus de ta tête, regarde ce gros cœur, à l’époque il ne mesurait que dix centimètres. Aujourd’hui il en fait presque quarante, il faut dire qu’avec l’âge j’ai pris de la bouteille. Ce jeune homme avait grandi et comme son père il était devenu berger. Il s’était marié et sous mon couvert il avait construit une table avec deux bancs; son plus grand plaisir était de venir manger et passer ses dimanches avec moi accompagné de ses enfants et de sa femme. J’en ai entendu des chants, des rires, des cris de joie et aussi quelquefois des pleurs, quand un des gosses s’était fait mal. 

            L’homme comme moi avait vieilli, comme toi il avait écouté mon histoire et comme toi il aimait à se confier à moi; maintenant c’est sa descendance qui quelquefois me fait l’honneur de la conversation. Les derniers pleurs que j’ai entendus, c’était il y a deux semaines quand les deux gosses de l’armailli qui se trouve au chalet pleuraient la mort de leur arrière grand-papa qui s’en était allé à l’âge de huitante-quatre ans. Mon cœur a saigné et j’ai moi aussi pleuré car cette grande amitié s’est soudainement transformée en un triste souvenir. J’aurais voulu lui donner quelque chose de moi-même, mais suis-je encore peut-être trop jeune? 

            Toutes ces histoires m’essoufflent et m’assoiffent, laisse-moi récupérer et me désaltérer au petit ruisseau et je te raconterait son aventure. A l’époque toute cette montagne était recouverte d’arbres et ce ruisseau qui n’était alors qu’une rigole coulait presque sur l’autre versant. Les hommes avaient défriché cette forêt sans replanter un seul arbre; Dame Nature s’en est un peu vengée en provoquant un petit glissement de terrain et un éboulement, vu qu’il n’y avait plus les racines pour retenir la terre. Cette rigole s’était transformée en pissot et ce ruisselet était sorti de son lit; heureusement que j’étais là avec quelques grosses pierres pour le retenir, sinon il allait mourir anonymement dans la gorge voisine. 

Depuis lors, on a fait ami-ami, il me désaltère lors des grosses chaleurs et je le protège les soirs d’orage quand il fait des cauchemars et que le tonnerre gronde, qu’il s’agite et qu’il voudrait sortir de son lit. Le lendemain matin, au lever du jour, lorsqu’il s’est calmé il me raconte sa nuit et ses rêves; moi je fais de même, par la brise et lui par son doux clapotis. Lui, quand il est content, il me gratifie d’un petit arc-en-ciel qui met de la couleur sur mon destin. Moi, pour jouer, je fais tomber une pive dans son petit lit. 

Ma vie que beaucoup croient calme et sereine est de plus en plus dure et agitée, nombre de jeunes qui roulent avec des vélos tout terrain m’éraflent et blessent les racines qui dépassent du sol; des autres s’amusent à me tirer dessus avec des carabines ou des arbalètes. Ils ont même réussi à allumer un feu à mon pied parce qu’il paraît que c’est beau un arbre qui brûle, on m’a enfumé, j’ai quelques branches jaunies et ma sève coule par ces blessures. Des personnes ont arraché une partie de mon écorce pour faire leur feu parce qu’il fallait aller trop loin pour chercher du bois. Que veux-tu mon ami, c’est triste le non-respect d’autrui! 

            Pour moi ce sera bientôt la fin d’une grande, passionnante et longue vie; lente agonie qui sera due à la maladie ou à la morsure des insectes qu’on n’avait plus vus depuis fort longtemps. Je ne suis plus souple comme avant, le moindre souffle fait craquer mes branches qui commencent à se dessécher. Ce sera la vieillesse qui me vaincra ou peut-être un nouveau coup de foudre mieux placé que le précédent. Ce sera je l’espère le coup de grâce donné par le bûcheron qui avec sa hache et sa tronçonneuse me fera tomber. Avec eux j’entendrai leurs rires et je verrai leur joie car ils trinqueront à l’amitié devant un feu de mon bois et ainsi, je leur réchaufferai non seulement le corps mais aussi le cœur. Si l’homme ne vient pas, je resterai là debout, à me dépouiller de mes aiguilles et de mes branches, vestige d’une existence, je serai juste bon à nourrir les vers de bois qui eux à leur tour iront nourrir les oiseaux, c’est la loi de la nature et c’est de cette façon que beaucoup d’arbres meurent. 

            Promets-moi mon ami que durant le peu de temps qui me reste à être debout tu viendras me voir quelquefois et comme aujourd’hui converser avec moi. Tu viendras encore profiter de mon ombre, tu écouteras de nouveau les chants des oiseaux, tu respireras ma bonne odeur de résine, sous mes branches tu trouveras la fraîcheur et l’inspiration, tu rêveras à ton avenir et tu te souviendras de notre première rencontre. Tu vivras l’instant présent et tu diras à qui veut l’entendre que si on ne peut briser un arbre on peut lui casser les branches petit à petit et ainsi de jour en jour le faire mourir. 

            Un petit courant d’air frais me réveille, je regarde où je suis, je me frotte les yeux, je secoue la tête et je pense à ce rêve qui n’en est peut-être pas un. Le soleil fuit vers l’ouest, vers le couchant; la lumière du jour se fait plus faible, les montagnes rougissent. Le soir descend et c’est l’heure de la rentrée au foyer. Je caresse encore une fois l’écorce meurtrie de mon ami le sapin et je lui ai dit dans un murmure «Merci vieil arbre pour ta conversation et ta sagesse, je reviendrai te voir aussi souvent que je le pourrai, on reparlera, on se racontera de belles histoires et si ma vie est assez longue, je t’aiderai dans tes derniers instants». 

            Depuis ce jour là, à chaque fois que je passe dans cette région, je ne manque pas d’aller lui donner le salut et de converser longuement avec lui. 

            Comme le disait notre ami Georges: «S’il existe un paradis pour les arbres», attends-moi le plus longtemps possible, je t’y retrouverai peut-être un jour! 

 

M. W. avril 1996 







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